Imprimer cette page Fermer cette fenêtre
Posté le 15/09/2010 à 03h01 par Nicky
Les mystérieuses épaves de la rade

Les restes de dizaines de bâtiments reposent sur le fond vaseux du bassin toulonnais. Là, ce sont près de cinq siècles d'histoire navale qui attendent de remonter à la surface. photo: Patrick BLANCHARD
A travers les siècles, des dizaines de navires ont coulé au fond du plan d'eau. Autopsie d'une rade qui n'a peut-être pas dévoilé tous ses secrets.
Un chiffre d'abord : selon le Service hydrographique et océanographique de la marine (Shom), une trentaine d'épaves reposeraient au fond de la petite rade. En théorie, un incroyable cimetière marin... que les plongeurs n'ont pourtant pas le droit d'explorer. Sauf dérogations exceptionnelles de la Royale et/ou de la Direction des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines (Drassm), l'exercice reste proscrit sur la quasi-totalité de ce plan d'eau surprotégé par l'armée.
À l'antenne toulonnaise du Groupe d'archéologie navale (Gran), Louis Turle tient tout de même à relativiser la taille de la nécropole (1) : « Entre Tamaris et les anciens chantiers de La Seyne, il y a de la ferraille en pagaille. Après on peut donner un nom de bateau à chaque bout de tôle, mais ça n'a pas beaucoup de sens. »
« Les Anglais y auraient laissé des plumes »
Alors quoi ? N'y aurait-il aucun vestige d'intérêt archéologique englué dans ces eaux saumâtres ? Pas si sûr. D'abord parce que les histoires du cuirassé « Magenta » ou de la « Grande-Maîtresse », disparue en 1533 (voir ci-contre) rappellent que les catastrophes maritimes peuvent être exhumées de l'oubli longtemps après s'être produites.
Et puis la zone a beau être régulièrement « sonarisée » par le Shom, le bassin reste immense, les fonds de trente mètres vaseux et le passé... pour le moins copieux. « Tout est possible, surtout de rêver », sourit Louis Turle. « Après tout, on sait que Napoléon a tiré au canon dans la rade. Les Anglais y ont peut-être laissé des plumes. » Sans parler du siège de la ville en 1707 et son « feu d'artifice » au-dessus de la Méditerranée.
En revanche, il ne subsisterait rien du sabordage de la flotte en 1942. « Tout a été nettoyé après guerre, explique David Giraudeau, responsable du service toulonnais du Shom. Les seuls vestiges sont les empreintes que les bâtiments ont laissées dans la vase. »
De l'explosion du cuirassé « Liberté », en 1911, il resterait par contre quelques pièces de blindage. D'après Michel l'Hour, directeur de la Drassm, « "l'Adélaïde", vaisseau de guerre perdu en 1872 par gros temps », hanterait aussi toujours les fonds toulonnais, mais « sa position est mal identifiée ». Enfin, certains pensent qu'autour de l'ancien bagne, des vestiges traîneraient encore ici ou là.
Bref, largement de quoi occuper les férus d'archéologie sous-marine pour les années à venir. Sauf que... « rien ne presse », si l'on en croit Michel l'Houre : « La rade n'est pas menacée par les pillages. C'est quand même un bassin sous haute surveillance militaire. Et comme on croule déjà sous le travail, mais pas sous les financements, on n'a aucune raison de s'y ruer. Nous sommes plus des médecins envoyés au front que des chirurgiens esthétiques. »
« Des trésors ? Le public n'a pas à savoir »
De son côté, le Shom préfère entretenir le flou sur les vraies richesses englouties : « Pour éloigner les curieux, nous évitons de signaler des sites archéologiques protégés. Il arrive même que nous indexions des épaves comme de banales obstructions, sans préciser leur nature. En gros, s'il y a des trésors ici, le public n'a pas à le savoir... »
Un événement pourrait toutefois changer la donne et éclaircir l'histoire : le dragage de la rade (2) prévu pour 2011. Nul doute alors que de nombreuses paires d'yeux scruteront ce que la Marine trouvera, ou pas, dans les sédiments. Et les siècles des siècles.
1. Fondé en 1981, le Gran est une association qui regroupe archéologues, experts, historiens et spécialistes de la plongée. Outre à Toulon, il possède des antennes à Cherbourg et à Tahiti.
2. L'objectif est de gagner en profondeur pour accueillir les frégates multi-mission et les nouveaux sous-marins nucléaires d'attaque
source: Ma. D. - var matin
...cordialement...Nicky...

