L'appel de détresse des marins de l'« ItalRoro One »

Photo : Rina Uzan
Les marins, de l'« ItalRoro One », ont suspendu hier des banderoles de fortune au-dessus de la coque du bateau pour manifester leur colère. Ils attendent d'être payés avant de pouvoir rentrer chez eux.
Des banderoles de fortune. Des petits morceaux de drap blanc, gribouillés au feutre noir et déployés sur la proue du navire. « Donnez-nous notre argent et un billet d'avion pour rentrer chez nous ». Exaspérés, presque désespérés. Les douze marins de l'« ItalRoro One », le bateau bloqué à La Seyne depuis fin octobre (1), ont décidé hier matin d'exprimer pour la première fois publiquement leur colère. « Quatre mois sans salaire. Comment pouvons nous vivre ? Puglia, shame on you ! Where is l'ITF ? (2) ».
Les messages pendus sur la coque du bateau traduisent le même sentiment. Les marins en ont marre. Marre des promesses. Marre des mensonges. « Depuis mi-décembre, nous sommes sans nouvelles. Que peut-on faire ? Partir ? Si on abandonne le bateau, on abandonne notre paye. Alors, on continue d'attendre, mais pour combien de temps encore ? », demande un membre d'équipage philippin. Peut-être encore plusieurs jours...
Bloqués jusqu'en mars ?
« La compagnie OM roro Line, opérateur de la ligne, a signé un protocole avec Puglia Navigazione en décembre pour racheter les trois navires. Ces genres de transaction prennent au moins deux à trois mois », explique Luc Pointard, chef d'exploitation des ports à la chambre de commerce et d'industrie du Var (CCIV).
Les marins pourront donc rester encore jusqu'en mars sur le quai du môle d'armement à La Seyne. Les Philippins dont les passeports ont été saisis sont d'ailleurs consignés à bord.
« Les marins ne sont pas abandonnés »
Les membres d'équipage se sentent seuls, loin de leur famille. « En cinq mois, j'ai parlé une seule fois à ma femme. J'ai cinq enfants qui sont à Manille sans nouvelles de leur père », explique un Philippin. « On n'a pas assez d'argent pour acheter des cartes de téléphone. Je n'ai pas de cigarettes, je suis obligé de fumer des mégots ramassés par terre », raconte un marin italien. Les vivres commencent également à manquer. Aujourd'hui, ils en sont à considérer le bateau comme une prison où ils seraient presque abandonnés. Une idée récusée par Luc Pointard. « J'admets que leur situation est humainement difficile à vivre mais la CCIV a fait le nécessaire. Le navire a été raccordé à l'électricité et à l'eau, nous avons installé une benne à ordure. Deux palettes de nourriture ont été livrées en décembre. Je vais aller les voir et s'ils manquent de nourriture, j'irai, moi-même, faire les courses », promet le responsable de la CCIV.
Une saisie conservatoire lancée par les marins ?
Djamel Omrani, l'opérateur de la ligne et futur patron des bateaux devait rencontrer aujourd'hui des responsables de la CCIV. Grippé, le chef d'entreprise hollandais a reporté le rendez-vous (3). Les marins qui attendent toujours des nouvelles envisagent de porter l'action en justice.
Un responsable français de l'ITF devrait leur rendre visite dans les prochains jours. « Je dois faire le point avec mes homologues italiens qui sont saisis du dossier. Mais les marins peuvent d'ores et déjà aller devant le tribunal de commerce de Toulon pour lancer une procédure de saisie conservatoire du bateau », explique Yves Reynaud. Cette mesure pourrait leur assurer de se faire payer un jour. Mais quand ?
1. L'« ItalRoro One » doit assurer la liaison commerciale entre Brégaillon et Sousse en Tunisie. Depuis le 30 octobre, il est bloqué, avec les marins à son bord, à la suite d'une saisie conservatoire diligentée par les créanciers impayés de son armateur italien Puglia Navigazione. OM Roro Line, l'opérateur de la ligne, a pris depuis la décision de racheter les bateaux à Puglia. La transaction est en cours. Pour l'heure, le bateau ne dispose plus également d'agent maritime (voir nos éditions précédentes).
2. "Puglia, honte à toi !" "Où est l'ITF (la Fédération internationale des ouvriers du transport) ?
3. Nous n'avons pas réussi à joindre hier Djamel Omrani. Quant au capitaine Giuseppe Canto, il n'était pas disponible.
source : var matin









