Les immeubles grimpent les voisins trinquent

Photo : Rina Uzan
Jacqueline Etienbled et Michèle Sauvaire ne comprennent pas la manière de travailler du chantier voisin.
Combien sont-ils, les habitants seynois qui ont vu leur cadre de vie bouleversé, pour ne pas dire saccagé par un chantier de construction voisin ? Ceux qui vivaient dans une petite maison avec jardinet et se retrouvent au pied d'un mur d'une quinzaine de mètres de haut ? Ceux dont les fenêtres ouvrent désormais à l'aplomb des terrasses de leurs futurs voisins ?
De l'avenue Pierre-Fraysse à Esprit-Armando, quatre gros immeubles sont déjà sortis de terre, d'une hauteur de quatre à cinq étages. Au moins trois autres vont suivre dans un futur proche, toujours dans le même périmètre. Certains Seynois auront payé un lourd tribut au renouvellement urbain de la commune.
« Mon balcon a failli s'effondrer »
Certains sont même révoltés. C'est le cas de Michèle Sauvaire et Jacqueline Etienbled. Ces deux retraitées de 75 et 83 ans se sentent abandonnées et méprisées. « On parle dans le vide, on ne sait plus vers qui se tourner. Le maître d'oeuvre du chantier est passé à plusieurs reprises et pour lui, tout va bien, il n'y a rien à signaler. Pagnol à côté, c'est de la tarte ! »
Les deux dames ne comptent plus les fissures sur leurs murs, ni le béton qui dégouline dans leur cour, ni les portes, volets et fenêtres qui ne ferment plus ou très difficilement. Le chantier a fait bouger les villas environnantes.
Sans parler de la télévision qui est brouillée. Sans parler du puits, qui servait à arroser le jardin et qui a été asséché quand les parkings ont été creusés. Michèle raconte : « Mon balcon a failli s'effondrer, regardez la poutre qui se détache. Il a fallu que ce soit des amis à moi qui viennent l'étayer. Quelle honte ! »
Chez Jacqueline, le mur du nouvel immeuble est adossé à sa petite maison. Elle a choisi de payer un avocat pour se faire conseiller, mais elle lâche : « Même en se défendant, on est truandé, je suis fatiguée. »
Plus loin, c'est l'avenue Esprit-Armando, qui collectionne les nouveaux bâtiments en chantier. Aux nuisances de voisinage se rajoutent les mêmes problèmes de voirie et de circulation. « Cela fait de longs mois que les trottoirs sont impraticables, la route est très abîmée et les chantiers se permettent de rejeter de la boue dans le réseau pluvial » confie Valérie Teste de Sagey, une riveraine. « Nous subissons une frénésie de bétonnage. Ces promoteurs n'ont aucun respect, on se sent bafoué. »
« La ville est blessée. »
Ces cas sont-ils isolés ou exceptionnels ? Si l'on en croit Andrée Patiès, présidente du CIL (1) les Mouissèques, presque tous ses adhérents, une centaine, se plaignent de nuisances plus ou moins graves. « Tout part des permis de construire délivrés il y a deux ans sous l'ancienne municipalité. Avec le changement de PLU (2), les promoteurs se sont jetés sur le quartier. Mais personne n'a réalisé tant que les immeubles ne sont pas sortis de terre. »
Comme beaucoup, Andrée Patiès pense aujourd'hui qu'il est trop tard, « la ville est blessée. » Pour ceux qui sont restés et n'ont pas voulu vendre, c'est la lie.
La seule chose à gagner serait la sécurisation des avenues, des passages piétons, et plus de présence de la police municipale.
Le CIL des Mouissèques tient d'ailleurs son assemblée générale demain (3). Tous les riverains qui se sentent concernés sont invités à y participer.
1. Comité d'intérêt local
2. Plan local d'urbanisme, voir encadré
3. Assemblée générale, demain à 15 h au Foyer Bartolini, derrière l'IUFM.
Contact CIL des Mouissèques : 06.75.03.88.61
source: var matin

















