... le trésor
La légende du Ville-de-Grasse est liée à la présence d’un trésor (1750 pièces d’or !) que tout le monde a cherché, cherche ou cherchera longtemps... Cependant, dans les procès qui suivent le sinistre, jamais la compagnie Union de Grasse ne réclame de dédommagement pour des sacs d’or... Quoi qu’il en soit, l’argent de poche des riches anglais et des négociants du voyage étaient suffisamment conséquents pour qu’il y ait, non pas "un trésor" du Ville de Grasse, mais de confortables petits trésors d’argent bien sonnant et trébuchant !
La construction navale au 19e siècle à La Seyne
Au début du 19e siècle, La Seyne, modeste port de pêche, bénéficie des initiatives d’ingénieurs anglais (Taylor) pour la construction de petits navires à vapeur. A partir de 1846, les chantiers seynois reçoivent leur première commande du ministère de la marine pour un navire à la coque en fer et une machine à vapeur de 200 chevaux.
En 1847, les chantiers Taylor conçoivent, pour l’arsenal de Toulon, les dragues à vapeur servant à l’approfondissement du chenal d’accès vers La Seyne et le dragage de la rade. L’entreprise compte 200 ouvriers.
Entre 1835 et 1914, le site des chantiers se constitue par des comblements successifs sur les marécages et dans la rade, portant la superficie à 220 000 m2 et le nombre d’ouvriers à 5000.
Le site de La Seyne bénéficie de sa proximité avec l’arsenal de Toulon et de l’emploi de cadres issus du corps des ingénieurs du génie maritime. Ainsi, sous l’impulsion de l’un d’entre eux, Dupuy de Lôme, un programme ministériel confie aux chantiers de La Seyne la construction de bâtiments militaires à coque métallique. Avec l’aide des missions d’étude réalisées par les chantiers de Bristol, Liverpool et Glasgow, ce sera le premier chantier naval privé français à construire des navires cuirassés.
Le Napoléon est lancé le 16 mai 1850. Il est le premier trois-mâts à coque cuirassée, long de 71 mètres, armé de 94 canons et d’une machine à vapeur Moll-Woolf de 900 CV.
Un décret impérial de 1856 en fait la première société anonyme, au capital considérable pour l’époque de 4 millions de francs, les Forges et Chantiers de la Méditerranée (FCM) dont la diversité des productions est régulièrement vantée lors des expositions internationales. Cette maîtrise d’un savoir-faire exceptionnel résulte de facteurs essentiels comme :
- l’utilisation précoce du fer et de l’acier pour la réalisation des coques et des blindages
- les innovations afférentes à la vapeur et à l’hélice
- le perfectionnement de la propulsion des bâtiments de guerre et des navires de commerce par le couple hélices et turbines
- la construction de prototypes toujours en tête du progrès tels que des monitors cuirassés à 2 hélices avec tourelles, des torpilleurs et contre-torpilleurs de haute mer ou des paquebots transatlantiques
- la maîtrise de la soudure
- l’utilisation précoce de l’énergie électrique à bord appliquée aux espaces citadins (éclairage public, tramway...)
Ainsi les FCM connaissent leur apogée de 1880 à 1914, période où ils sont classés 2e chantier mondial. Leur notoriété s’étend alors à toutes les marines du globe (Espagne, Italie, Pays-Bas, Danemark, Russie, Brésil, Japon...).
A l’aube du premier conflit mondial, cette activité favorise l’urbanisation de l’aire toulonnaise en offrant déjà les moyens de communication et de transport modernes. Ainsi, à l’intérieur de la rade, les bateaux à vapeur construits par les FCM assurent le cabotage dès 1888, et la première ligne électrique de tramway est inaugurée en octobre 1907.
Cette activité économique prospère profite au développement démographique de La Seyne dont la population triple entre 1860 et 1914.
Le Tell
Un vétéran
Le paquebot de la Compagnie de Navigation Mixte Tell est un phénomène : coulé, renfloué, échoué, toujours remis à flots durant 34 ans, n’a-t-il pas, plus que quelconque autre navire, eu a souffrir de multiples fortunes de mer ? La Compagnie de Navigation Mixte doit son nom à un concept unique de motorisation, dont le brevet fut acheté fort cher, et dans lequel la vaporisation était, justement, "mixte", tout d’abord à base d’eau, puis, ensuite, pour récupérer les dernières calories, d’éther. Cette invention explosive, du fait du risque inhérent au second système évaporatoire fut bien vite abandonnée, à la suite de plusieurs incendies.
Le 11 mars 1879 le Tell est lancé à la Seyne. C’est un paquebot de 76,6 mètres pour une jauge brute de 1 264 tonneaux.