Troubles alimentaires : les « Outremangeurs » parlent

Photo : So. B.
L'obsession pour la nourriture est le point commun des «Ooutremangeurs », qui peuvent être boulimiques ou anorexiques. « Nous sommes dans une souffrance physique, émotionnelle et morale », témoigne Anne.
«Bonjour, je m'appelle Claire (1), mangeuse compulsive. Abstinente depuis environ deux mois ». Le phrasé est immuable. « Bonjour Claire », lui répondent les autres femmes autour de la table.
« Bonjour, je suis Colette, mangeuse compulsive boulimique, 37 ans. J'ai passé plus de 30 ans de ma vie à outremanger et ça se voit. Toute ma vie, j'ai suivi des régimes et thérapies. On m'a posé un anneau gastrique et à chaque fois, cela a été voué à l'échec ».
Tels sont les premiers mots d'une réunion hebdomadaire chez les « Outremangeurs anonymes » (OA), implantés à La Seyne depuis septembre 2008. Moins connue que les « Alcooliques anonymes », l'association repose sur les mêmes préceptes : écoute, solidarité, entraide. Dans les textes, presque rituels, lus à chaque réunion, le mot « nourriture » a remplacé « alcool ».
Tenir au jour le jour
Ici, point de thérapeute, ni d'intervenant extérieur. « Ce qui nous unit, c'est notre point faible vis-à-vis de la nourriture ». à tour de rôle, chacun est invité à prendre la parole. Ce « partage » peut susciter un nouveau témoignage, lui faisant écho.
Autour d'une tasse de café ou d'un thé, la parole agit comme un révélateur et libère des angoisses. « Depuis que je fréquente l'association » relate Colette, « je vis ma semaine de jeudi en jeudi et la réunion suivante m'aide à tenir ».
Ici, point de régime, ni de conseils nutritionnels. Un seul commandement, « le 301 : 3 repas par jour, 0 [nourriture] entre, 1 jour à la fois ».
« C'est prouvé », assure Anne, « par effet miroir, un malade peut aider à en guérir un autre. La force du groupe amène une pensée puissante et positive ».
Ces femmes ont en commun leur souffrance, intime compagne. Barbara analyse aujourd'hui l'enfer qu'elle a vécu pendant des années. « Je mangeais tellement que j'étais obligée de m'allonger, le ventre distendu, les veines exorbitées. J'ai fait subir à mon corps d'énormes variations de poids. Émotionnellement, j'étais anesthésiée. Je voulais me suicider. J'ai suivi toutes les thérapies possibles, je me faisais hospitaliser volontairement en psychiatrie, pour qu'on m'empêche de manger. Au travail, je pensais à ce que j'allais manger pendant mes crises, dans la voiture, en cachette ». Les témoignages sont bouleversants. La réflexion sur soi-même est intense. Une introspection dont peu sont capables.
« J'ai repris goût à la vie »
Barbara poursuit, « désormais, grâce aux OA, je suis abstinente, je ne mange plus de sucre et j'ai repris goût à la vie. Au final, je mange plus, mais j'ai maigri ».
Chacune de ces femmes a vécu un long parcours avant de rencontrer l'association. « Certains ne restent pas », reconnaît Anne. La dimension « spirituelle » de l'association peut surprendre. « Nous disons que nous nous en remettons à une puissance supérieure. Certains l'appellent Dieu, pour d'autres, c'est une énergie ».
Chaque séance se termine par une « prière de la sérénité », dite à haute voix, main dans la main. Et les participantes se quittent pour une semaine. L'esprit un peu plus léger.
1. Certains prénoms ont été modifiés.
Association Outremangeurs anonymes : 06.18.31.70.49.
source: var matin


