Les plaisanciers ne veulent pas payer pour tous les autres

Photo : Dominique Leriche
Marcel Turco, représentant des plaisanciers, montre l'une des zones concernées par les travaux de confortement, au niveau du monument aux morts.
Le périmètre portuaire englobe trottoirs et parkings utilisés en permanence par les Seynois. Mais pour financer les travaux, la note n'est pas (encore) partagée.
Un arrêt de bus, une trentaine de places de parking, un monument aux morts... Ceux qui empruntent chaque jour les bords de quai, viennent y garer leur voiture, manger un sandwich ou pêcher à la ligne ignorent qu'ils foulent une terre qui est celle... des gens de mer. Paradoxe !
Ces mètres de goudron et béton, quais Hoche et de la Marine, font partie du périmètre portuaire. Quand le quai doit être consolidé, c'est à la chambre de commerce, concessionnaire des lieux, et par ricochet aux plaisanciers, de payer l'addition.
« Un appel d'offres vient d'être lancé pour conforter les quais, qui se cassent la figure », révèle Marcel Turco, représentant des plaisanciers seynois. « Les travaux estimés à 950 000 euros doivent être financés par les plaisanciers ». À cet endroit, des dizaines de voitures viennent pourtant se garer chaque jour à fleur d'eau. Et doivent certainement contribuer à l'usure.
Même cas de figure sous le monument aux morts : « les pierres de taille qui soutiennent le quai se déchaussent, il va falloir le consolider ».
Et c'est bien aux plaisanciers que l'addition, même salée, sera présentée.
Seul le plan d'eau est légitime
Cette situation fut résumée dans un document transmis aux autorités compétentes fin 2006. « Depuis trois ans, tous les six mois, on leur demande d'en discuter. Pour seule réponse, on reçoit l'estimation chiffrée des futurs travaux ».
Clairement, Marcel Turco demande « à revoir le périmètre du port. Le plan d'eau est aux plaisanciers OK, mais pas le reste. Nous, on paie des taxes côté mer et côté terre. Et personne ne veut ouvrir le débat ».
La balle est dans le camp du Syndicat mixte varois des ports du Levant (SMVPL), propriétaire des lieux depuis 2007 (1).
« Aujourd'hui, la répartition est très mal faite », reconnaît sans détour Gilles Arduin, adjoint au directeur général des services du SMVPL. « Le trait qui marque la limite de propriété traverse les places de stationnement de part en part ».
Aussi, des négociations sont programmées avec la municipalité, « d'ici la fin de l'année », pour éventuellement « modifier les limites de la concession ». Une partie des places pourrait devenir publique, les autres « relèveraient du commercial et seraient dédiées au port de plaisance ». Quitte à fermer la zone par une barrière. Selon le Syndicat, les plaisanciers ne pourraient plus rechigner à payer leur part.
Petits bouts de port
En mairie, la première adjointe, Raphaëlle Leguen, dit « partager le point de vue des plaisanciers, dans un premier temps ». L'élue en charge des questions liées à la mer estime qu'il ne faut plus « prendre les bouts de quai qui s'effondrent les uns après les autres, mais établir un projet structurant, pour mettre en valeur ce joyau ».
Si le port est « un joyau », il relève de « l'intérêt général » et donc de subventions publiques. « Car la Ville ne peut pas payer seule pour ces travaux ».
Pour autant, selon Raphaëlle Leguen, pas question de « clôturer des espaces du port. Comment peut-on envisager de privatiser un espace commun qui représente tout l'attrait de notre ville littorale ? »
D'ici qu'un accord soit trouvé, les travaux des quais seront peut-être lancés. « Rien n'interdit de trouver un accord sur ces travaux en particulier », lance Gilles Arduin, sans pouvoir donner plus de détails. On ignore également si les plaisanciers seront autorisés à participer à cette négociation.
Quant à la CCIV, qui gère le port, elle ne s'exprime pas sur le sujet.
1. Le Syndicat mixte des ports du levant est une émanation du conseil général et de Toulon-Provence-Méditerranée. Auparavant, l'État était propriétaire du port.
source: Sonia Bonnin - var matin


