Commerces : les devantures ne doivent pas s'étaler

Photo : Photomontage Dominique Leriche
Éviter les caissons lumineux et les grands panneaux qui couvrent les façades, c'est la philosophie des règles applicables dans le centre ancien. Avec plus ou moins de bonheur, selon les commerçants.
Au rayon des interdits, il y a le caisson lumineux qui couvre la façade. Voilà l'exemple le plus frappant qu'il ne faut pas faire dans le centre ancien. C'est un principe de préservation du patrimoine. Pour ne pas masquer les murs sous l'abondance des panneaux commerciaux.
En effet, le bâti est sous la loupe des services de la ville et de l'architecte des bâtiments de France. La « faute » à la proximité directe du pont transbordeur et de l'église Notre-Dame-de-Bon-Voyage, tous deux inscrits à l'inventaire des monuments historiques.
Déshabiller les façades
« Le principe est souvent de déshabiller les façades des couches successives de placage et carrelage, qui se sont accumulées au fil des ans, parfois sur quatre ou cinq épaisseurs ! », explique l'ingénieur en charge du sujet à la mairie. « Nous essayons de revenir au nu de la façade ».
Le commerçant, qui veut refaire sa devanture, est invité à respecter quelques règles du jeu. Souvent qualifiées de contraignantes.
« Nous avons traité avec le service Centre ancien », témoigne Marie-Christine Noyant, de la Fabrique de pâtes sur le marché, boutique dont l'aspect traditionnel a été préservé. « Nous avons choisi les couleurs dans la palette proposée ». Mais quand les boiseries anciennes ont été abîmées par la pluie, il fut impossible de les refaire à l'identique : « On a fait faire des devis, mais c'était beaucoup trop cher. Même avec les aides, ce n'était absolument pas dans nos moyens ».
jusqu'à 30% de subventions
Les aides, ce sont celles que la ville offre « à hauteur de 20 à 30 % », pour une réfection de devanture, « avec un plafonnement de 80 à 150 euros/m2 » (1). Mais certains ont préféré s'en passer.
« Je voulais une couleur ''qui pète'' pour être vue de loin », se souvient Hélène Jayez, opticienne. « Je suis passée d'une devanture vert anglais à rouge ». Le service Centre ancien n'était pas vraiment d'accord, mais la commerçante avoue qu'elle est passée outre. « Je l'ai fait sans subvention et j'en suis très contente ». Aujourd'hui, sa façade est presque citée en exemple...
Pour Éric Santoni, de la Clinique du PC, près de l'église, la situation est bloquée : « Ils refusent mes panneaux extérieurs. J'ai déjà reçu plusieurs lettres avec recommandé. Mais j'ai besoin de détailler quelle est mon activité », se plaint-il. « Les commerçants ont toujours l'impression de ne pas être vu, ils veulent en mettre le plus possible, rétorque l'architecte mandaté par la Ville, Éric Dedeyan, mais ce n'est pas ça, une devanture efficace ».
Sus au plastique !
En ligne de mire, ces boutiques aux « enseignes criardes, en plastique, qui débordent sur les façades », résume Marc Gillet, l'architecte des Bâtiments de France.
« Nous demandons que les climatisations soient dissimulées, ainsi que les volets roulants », détaille l'adjointe au maire Florence Cyrulnik. « Mais nous étudions au cas par cas. Certains magasins n'ont jamais voulu faire d'efforts. Avec d'autres, on transige ».
à la recherche du consensus, Christophe Chabert fait de la pédagogie. Le président de l'association des commerçants Vitrines seynoises s'empresse, dès qu'il voit des travaux qui commencent, « de demander si le commerçant a bien consulté la mairie ».
Pour lui, le souci, « c'est que le centre ancien mérite aussi un meilleur nettoyage et la suppression des affichages sauvages. La voirie et les trottoirs sont aussi à refaire et les fils électriques pendent...»
Mais ces demandes légitimes ne sont pas du ressort du Centre ancien. Sur le port, Nabil Ghazali regrette carrément d'être venu s'installer à La Seyne. « J'ai abandonné mon projet de restaurant, car je n'ai eu que des refus ». Il voulait placer des boiseries marocaines sur sa devanture et disposer des coupe-vent sur la terrasse pour isoler les clients du bruit du port. « On le fait à Hyères et à Bandol. Mais ici, c'est non », constate-t-il, amer. Déçu, il en restera au snack-kebab.
L'ingénieur de la ville rappelle sa « volonté de dialogue avec les commerçants. Nous savons que la situation économique est difficile, nous n'avons jamais encore fait démonter des enseignes, contrairement à d'autres communes, comme Toulon ou Sanary, plus pointilleuses ». Si des contentieux existent, jamais ils n'ont viré au procès.
1. Renseignements au service Centre ancien,
6 rue Taylor. Tél 04.94.06.90.01.
source: Sonia Bonnin - var matin




