Mémoire : la ville en pleine « résilience » ?

Photo : doc. D. L.
Le 27 juin dernier, la ville a organisé un grand rassemblement devant la porte des chantiers. Un moment symbolique pour les Seynois, dont certains sont venus en bleu de travail.
La « Biennale de la mémoire populaire » servira-t-elle de thérapie collective ? Peut-être bien, si l'on en croit les différentes personnalités qui ont participé à l'organisation de cette manifestation culturelle, initiée par le conseil régional.
« La mémoire populaire, c'est tout ce qui s'inscrit dans la mémoire collective, y compris chez les jeunes qui n'ont pas vécu l'Histoire. Comme la guerre : je ne l'ai pas vécue, mais cela m'a été transmis par mes grands-parents puis mes parents », explique Mireille Peirano, conseillère régionale (PS) vice-présidente de la commission culture. « Cette histoire commune, c'est ce qui fait que les gens se sentent appartenir à une même communauté », poursuit-elle.
Il aura fallu 20 ans...
A La Seyne, qui dit « mémoire populaire » dit presque automatiquement « mémoire ouvrière ». D'où l'accent très prononcé de cette Biennale sur les chantiers navals, et plus largement le travail, les luttes sociales aussi.
Hasard du calendrier, la manifestation a lieu pour la première fois dans l'ex-cité des chantiers vingt ans après la fermeture définitive de la Normed.
Pour Mireille Peirano, c'est le temps qu'il aura fallu pour « tourner la page et marcher vers l'avenir, sans oublier ».
« Cette histoire-là (des chantiers, Ndlr) est dans les tripes des gens. À l'époque de la fermeture, on a commis de graves erreurs en rasant immédiatement les chantiers. On a effacé tout un pan de l'histoire des gens. C'est comme perdre un parent et ne pas retrouver le corps », insiste-t-elle.
« J'ai mis dix ans à comprendre que les chantiers, ce n'était pas que du désespoir. Le travail était dur, il y avait une souffrance physique. Mais c'est aussi un passé très prestigieux. Aujourd'hui, cette souffrance participe à la création artistique... C'est une résilience (1) », analyse Florence Cyrulnik, reprenant le célèbre concept de son psychiatre de mari.
« L'Histoire n'est pas qu'aux historiens »
De la pure matière première pour les artistes, qui peuvent décliner ce sujet à l'infini. Mais pas seulement. « C'est aussi un projet de réappropriation pour les Seynois. Cette mémoire populaire, c'est une façon de ne pas laisser l'Histoire aux seuls historiens », argumente Mireille Peirano. Aussi la Biennale a-t-elle ouvert les portes aux souvenirs des Seynois, en leur offrant une place à la Bourse du travail pour dévoiler leurs photos de famille, leurs anecdotes aussi.
« Aujourd'hui, on peut parler de cette époque sereinement car elle a été intégrée. Natacha Cyrulnik résume très bien la situation dans son film, "La Navale vivra...autrement" (2) », souligne Hélène Bourilhon, directrice du service patrimoine de la ville. En tout cas, cette thérapie-là vaut le détour. D'autant que la consultation est gratuite.
1. Inventé par le psychiatre Boris Cyrulnik, le concept de résilience se définit comme la capacité à surmonter des épreuves.
2. Natacha Cyrulnik présente ce documentaire dans le cadre de la Biennale le 16 octobre à 18 h à la médiathèque du Clos Saint-Louis.
source: Marielle Valmalette - var matin