Lazaret : la production de coquillages sauvée des eaux
Photo : doc R. Barsotti Var-matin
Dans la baie, la dizaine de producteurs a accepté de s'engager dans une démarche de qualité volontariste. Des contrôles supplémentaires seront pratiqués chaque année
Une épée de Damoclès vient d'être levée. La production des coquillages peut continuer dans la baie du lazaret, où une dizaine de professionnels sont installés.
Réunie le 17 décembre dernier, sous l'autorité du préfet, la commission de classement sanitaire a délivré un précieux sésame. « La baie du Lazaret obtient le classement en B, en fonction de la qualité de l'eau (1) ». La zone peut continuer de produire des coquillages vivants, mais nécessite « la purification des coquillages avant consommation humaine », à savoir de 48 à 72 heures en bassin.
Pourtant, l'affaire n'était pas jouée d'avance. Avec la nouvelle réglementation européenne, les critères d'obtention ont été durcis. « Le renforcement des mesures laissait planer un risque sur le classement de cette zone en C », reconnaît Guillaume Sellier, à la tête des affaires maritimes du Var.
Démarche qualité
L'une des analyses qui a posé problème est celle des teneurs en plomb. « 1,74 mg relevé dans des moules », quand la concentration maximale est fixée à 1,5 mg, détaille le rapport de l'Ifremer (2). « En toute logique, on aurait pu fermer la zone de production, mais la fermeture n'aurait reposé que sur une seule mesure », décrypte Jean Ecochard, président de la fondation Mart (3). Ifremer a donc procédé à un second relevé... qui se révèle bien meilleur, « 0,46 mg de plomb ».
« Si l'analyse avait été supérieure, on aurait fermé tout de suite », assène Guillaume Sellier, « je ne prendrai jamais le risque de transgresser les normes ».
Dans cette logique, il fallait prendre le problème à bras-le-corps. « J'ai proposé aux producteurs de s'engager dans une démarche qualité, vérité et transparence. Et ils l'ont accepté », détaille Guillaume Sellier. Deux contrôles au plomb et deux aux PCB (4) seront ainsi pratiqués chaque année, en plus de la surveillance régulière du réseau. « C'est le seul moyen d'afficher les choses clairement », assume le responsable, volontariste lui aussi.
Un souci que partage entièrement Jean Ecochard. « À l'intérieur de la rade, nous avons une très mauvaise connaissance des courants, de la nature des fonds... Ce problème de mercure, d'où vient-il ? » interroge le militant. « Des anciens chantiers navals, certes, mais aussi du lessivage des sols, quand il pleut ».
Progrès discutés
Le réseau pluvial n'est pas encore capable de filtrer tous les rejets en mer. Mais Guillaume Sellier insiste sur les progrès réalisés. « Depuis 2007, il n'y a plus eu d'interdiction de consommation des coquillages après de grosses pluies. Cela n'était pas le cas les années précédentes, c'est une tendance de fond à la décroissance [de la pollution] ».
Le point de vue n'est pas partagé par l'Ifremer, qui écrit dans son rapport, « aucune évolution significative des niveaux de contamination, ni favorable, ni défavorable n'est mise en évidence sur les 10 dernières années ». Jean Ecochard avoue ne pas avoir les éléments pour en juger.
Lui veut retenir aussi le caractère positif de ces contrôles, « il faut motiver les acteurs locaux sur le sujet, c'est le seul moyen de travailler à une meilleure qualité des eaux ».
Quant aux autres analyses, elles se sont toutes révélées bonnes, en tout cas dans les normes. Sauf pic de pollution accidentel, l'autorisation de produire les coquillages est valable pour dix ans.
1. En zone A, les coquillages peuvent être consommés directement après la pêche ; en zone B, les coquillages doivent séjourner en bassin ; en zone C, les coquillages doivent être parqués dans un centre agréé avant d'être consommés ; en zone D, les coquillages ne peuvent en aucun cas être consommés.
2. Rapport édité en juillet 2009.
3. Le Mouvement d'actions pour la rade de Toulon et le littoral varois rassemble une cinquantaine d'associations.
4. Les PCB sont des polluants liquides, peu solubles, contenant du chlore.
source: Sonia Bonnin - var matin


