L'association Gaspar se résigne au dépôt de bilan

Photo : Sonia Bonnin
Témoignages à vif : « Les gens ne mesurent pas la force qu'on a su créer. Une histoire, des compétences, tout peut être perdu. Le carnaval, c'était 30 000 personnes sur le port ».
La mort dans l'âme et dans les voix. Après deux heures d'assemblée générale extraordinaire, après quelques dernières tentatives pour imaginer une issue de secours, l'association Gaspar n'a pu éviter le dépôt de bilan.
Finalement silencieux et dépités, salariés, administrateurs et adhérents se sont résignés à accepter ce qui est encore pour eux impensable. Dès lundi les locaux de l'association, installée depuis 23 ans, resteront fermés. « Ce soir [hier soir], les enfants de l'accompagnement scolaire repartiront à la maison avec un papier pour leur famille, ils ne pourront pas revenir lundi », indique Roland Bonnefoi, directeur de Gaspar. Commentaires consternés dans la salle.
« Seuls les salariés nécessaires au règlement des affaires courantes pourront venir. Nous préparons le bilan, actif et passif, qui sera déposé au juge, mercredi au plus tard », expose M. Bonnefoi.
À longueur d'année, 280 enfants et 500 familles sont suivis par une équipe de 29 salariés.
Un autre projet
Deux mondes sont face à face : la logique comptable et le travail d'accompagnement social. « Il y a 400 000 ou 100 000 euros de dettes ? », s'emporte Nadjet Benzohra, du restaurant d'insertion « Le petit prince ». « Le passif n'est pas ce qui a été dit par certains », répond le directeur. En l'occurrence, il est de « 98 000 euros pour le redressement judiciaire, 60 000 euros en 2009 et 38 000 euros pour 2010 ».
Les questions qui font mal fusent dans la salle. « Les locaux, propriétés de la mairie, seraient-ils promis à d'autres ? ». Personne de l'équipe municipale n'est venu dialoguer. Patrick Martinenq, conseiller général est pris à parti. Il a préparé sa réponse. « Le 29 mars, le conseil général examinera, en commission permanente, l'attribution d'une subvention de 25 000 euros ». Le seul élu présent assure qu'il continuera de « casser les pieds aux élus, pour aider Gaspar ».
Roland Bonnefoi tente de rassurer. « Je pense qu'il y a un projet. Laissons-lui la chance d'exister. Il y a les prémices de désirs municipaux. De toute façon, je ne suis pas dedans ». Certains redoutent que les activités soient « démembrées et distribuées à d'autres associations ».
Le président de Gaspar depuis cinq ans, Yann Le Goff, présente sa démission. La fermeture est soumise au vote... ou plutôt, le vote se soumet à la fermeture.
Jean-Pierre Margier, pilier de « Gaspar »
Il a ce regard triste quand on parle de « Gaspar ». Jean-Pierre Margier, président-fondateur du Groupement d'associations pour l'animation et la réalisation de projets, se souvient encore de l'engouement suscité par cette nouvelle structure, en 1986, au coeur du quartier Berthe. « Au départ, c'était un collectif d'associations. Il y avait le centre Nelson Mandela, le Secours populaire et l'amicale CNL de Berthe. On s'est réuni à la suite d'une animation dans la cité. On s'est dit qu'il fallait faire quelque chose dans la ZUP », raconte Jean-Pierre Margier. Le carnaval fait ses débuts, d'abord dans le quartier Berthe, puis en centre-ville. « Ca a pris beaucoup d'ampleur. Des milliers de gens venaient à La Seyne pour le voir », se souvient-il. Pendant près de 20 ans, le carnaval a rythmé le printemps.
À Noël, c'était la crèche vivante. L'été, on venait voir les feux de la Saint-Jean. Et puis, il y avait toutes les animations quotidiennes pour aider les familles et les jeunes. Gaspar se tourne aussi vers l'insertion professionnelle, avec la création de l'atelier de costumes. Et puis c'est le déclin. Après 2001, la municipalité ne finance plus le carnaval. Elle arrête la crèche vivante. « Petit à petit, on a perdu les financements de la Ville et de l'État », explique Jean-Pierre Margier. Les comptes sont plombés et Gaspar subit un plan de redressement en 2005 dont il ne se relèvera pas. Jean-Pierre Margier passe la main à Yann Le Goff. « Gaspar est né de l'animation. Peut-être qu'on aurait dû y retourner...Mais on a aussi suivi l'évolution du quartier, et le quartier s'est beaucoup appauvri », souligne-t-il encore.
Aujourd'hui, il ne reste que le regret et l'amertume de voir l'un des piliers associatifs de Berthe disparaître sous le poids des dettes. « J'ai été témoin d'une humanité qui se remettait debout grâce à une vie associative dynamique. Si Gaspar disparaît, il y aura un grand vide », conclut-il dans un grand soupir.
source: Sonia Bonnin - var matin