Nucléaire dans la rade : informer sans affoler

Photo : Sonia Bonnin
À vol d'oiseau, certains quartiers sont à moins de deux kilomètres du quai où stationne le porte-avions nucléaire Charles-de-Gaulle.
Le risque est infime, mais il existe. La rade toulonnaise abrite un porte-avions et plusieurs sous-marins nucléaires de la Marine nationale. Ce voisinage n'est pas alarmant. Il n'est pas anodin non plus.
Si Toulon est, de loin, la première ville concernée, plusieurs quartiers seynois sont situés dans l'un des périmètres de risque : à moins de 2 km du quai Milhaud, où le Charles-de-Gaulle stationne quand il n'est pas en mission. La bande littorale concernée va de Tamaris à Brégaillon (1).
Sur ce territoire, on compte plusieurs écoles, Pagnol et Malsert ; la plus grosse entreprise de la ville, la CNIM ; le plus gros employeur... la municipalité ; deux instituts de formation et une flopée d'habitations.
20 heures pour réagir
Le risque est lié aux chaufferies nucléaires, qui « sont de petits réacteurs, cent fois moins importants qu'EDF, en terme de matière [combustible] », détaille Christophe Bourmaud, conseiller sécurité nucléaire auprès du préfet maritime. De plus, « les réacteurs sont à l'arrêt quand les bâtiments sont au port ». En fait, il reste « une puissance résiduelle à évacuer ». Voilà pourquoi le coeur nucléaire doit être refroidi en permanence.
Le scénario catastrophe serait celui d'une défaillance de ce système de refroidissement. « Dans ce cas, vu qu'il existe trois barrières de confinement [dans la chaufferie nucléaire], les premiers rejets n'interviendraient qu'une vingtaine d'heures après l'alerte ».
Les rejets sont des nuages de vapeur transportant des particules radioactives.
Cette hypothèse a été validée par l'Autorité de sûreté nucléaire. La description du risque et l'ensemble des procédures d'urgence sont décrits dans un document accessible au grand public, le plan particulier d'intervention (2).
L'occurrence d'un accident nucléaire dans la base navale de Toulon est évaluée à un risque sur un million. « C'est à peu près l'ordre de grandeur, affirme Christophe Bourmaud, et même je dirais que ce risque est moindre ».
Comprimés d'iode
En cas d'alerte, la marche à suivre est la suivante : « d'abord, se confiner chez soi, attendre de recevoir des instructions, en écoutant la radio, ou par téléphone, ou par haut-parleurs mobiles », résume Marc Oder, responsable adjoint du Plan de sauvegarde et de prévention des risques (PSPR). Ensuite seulement, le préfet du Var donnera le feu vert à la distribution des comprimés d'iode. « En tout, il y a plus de 10 000 pastilles disponibles dans la commune, l'hôpital ayant les plus grosses réserves ».
Le PSPR s'appuie sur son système d'alerte téléphonique, « dans les quartiers concernés, nous avons 1 500 foyers enregistrés, dont nous avons les coordonnées téléphoniques ».
Le principe ensuite est qu'un membre de chaque famille se déplace dans un centre de distribution de pastilles d'iode (3). La prise d'iode permet de saturer la thyroïde qui n'absorbera pas ou moins l'iode radioactive.
Les Seynois ne sont pas les seuls dans ce rayon de 2 km autour d'installations nucléaires. Tout le centre-ville de Toulon, les quartiers du Pont-du- Las, jusqu'aux Routes et de l'autre côté au Mourillon... sont exactement logés à la même enseigne.
1. Voici un aperçu de ces quartiers : les pentes du fort Napoléon, une partie de Tamaris, Balaguier, l'Aiguillette, la Rouve, les Mouissèques, mais aussi le parc de la Navale, le port, la mairie, puis Brégaillon et la pyrotechnie.
2. Le PPI, plan particulier d'intervention a été réactualisé en 2007. Il est consultable sur le site internet de la préfecture du Var.
3. Les sites de distribution des pastilles d'iode sont : la Villa tamaris ; le musée Balaguier ; le magasin général de la mairie, espace Grimaud ; l'école Pagnol ; les écoles Malsert ; la Bourse du travail ; les services techniques près de Berthe.
source: Sonia Bonnin - var matin


