François Dettori construit un pointu dans les règles de l'art

Photo : Magali Ruffato
François Dettori, le patron de la société du même nom, vient tous les samedis dans son atelier . Depuis un an, il travaille à la construction d'un pointu qu'il espère voir naviguer en avril prochain.
Bon pied, bon oeil. A 62 ans, François Dettori, patron des chantiers navals installés à l'espace Grimaud, est infatigable. Pourtant, il est atteint d'une « maladie incurable », comme il le dit lui-même : ce charpentier d'origine italienne aime les bateaux à y tuer tout son temps. La semaine, il est au chantier, toujours le dernier à partir. Et le samedi, il est encore là, en bleu de travail, la goutte au nez dans le froid, à triturer ses bateaux.
François Dettori est tombé dans la marmite étant petit. « C'est mon père qui a créé la société. Il a commencé à Vignelongue en 1959, puis il est parti s'installer à Tamaris en 1961. Le chantier s'est ensuite installé à Bois Sacré, puis nous sommes venus ici, à Grimaud, en 2006. Moi, j'ai commencé à travailler avec mon père à 14 ans. Mais déjà, à 8 ans, je l'aidais à faire ses bateaux. Il m'a tout appris, c'était un excellent charpentier », raconte-t-il fièrement.
Un pointu fait à l'ancienne
Dans sa longue carrière, François Dettori a construit plus d'une centaine de bateaux, sans parler des petits pointus. C'était le coeur de métier de la société, qui ne représente plus que 20 % des activités aujourd'hui. « On travaille plus sur la mécanique, l'entretien des bateaux », précise-t-il.
Depuis un an, François Dettori consacre tous ses samedis à sa nouvelle oeuvre : la construction - dans les règles de l'art - d'un pointu de 4,50 m de long, et large de 1,90 m. Une idée qu'un Breton en vacances lui a soufflée sans le savoir. « C'était il y a deux ans. J'ai rencontré ce Breton au port du Manteau, il avait un dériveur. Je l'ai aidé à le mettre à l'eau. C'est là qu'il m'a dit qu'il cherchait un pointu pour naviguer pendant ses vacances. Mais il n'en trouvait pas. »
Étanche comme un bateau en plastique
« ça m'a mis la puce à l'oreille. Je me suis dit : et si je faisais un pointu pour m'amuser avec ma petite-fille ? Un an après, j'ai conçu une maquette », raconte-t-il en montrant un voilier miniature.
« C'est vraiment quelque chose de simple et à l'ancienne. Le mât se démonte très facilement : à l'avant, il y a juste une petite clef à retirer, on peut faire ça en deux minutes. La voile, elle, sera lattée », dit-il, modeste. Le charpentier travaille actuellement sur la coque. Les arceaux constituant l'arrête centrale du navire sont en place.
Ce pointu a une particularité : François Dettori a conçu un bordé (1) avec deux plis en contreplaqué pour assurer une étanchéité maximum. « Un bateau en bois, normalement, on ne peut pas le laisser à terre. Il s'abîme. Alors que celui-ci, c'est comme un bateau en plastique, il ne bougera pas », explique son concepteur. Bientôt, la coque sera recouverte d'acajou. Et peinte avec des couleurs attrayantes, du jaune ou un vert métallisé. « Je voudrais des couleurs qui plaisent aux enfants, comme un bonbon à sucer », dit-il avec gourmandise. La voile sera elle aussi colorée, et marquée du « D », emblème de la société.
Le pointu devrait être prêt en avril pour faire ses premiers essais sur le plan d'eau seynois, juste devant le chantier naval. Et après ? « Pourquoi pas le commercialiser si ça intéresse quelqu'un... ça pourrait être le prototype d'une série en polyester », réfléchit François Dettori. Un prototype qui vaut dans les 15 000 euros. Le commercial de la société, Philippe Lesausse, a tout de suite vu le potentiel de ce bateau. ça fait sourire le patron : « Il veut absolument qu'on parte en Bretagne au mois de mai pour participer à une compétition de pointus en baie de Quiberon... On verra ! ».
1. Le bordé est la partie extérieure de la coque que l'on tente de rendre la plus étanche possible.
source: Marielle Valmalette - var matin



