Merci Richard:

Il avait tout d’abord accepté que René Raybaud le déroute, en le faisant arriver à la brasserie de la mairie sur le port. Il débarqua donc, les traits tirés, mais ce regard clair, bien plus que la méditerranée présente de l’autre côté de la route.
Le petit groupe attablé près de lui était déjà conquis. Son chauffeur technicien, bien sûr, qui a la chance de vivre au jour le jour sa tournée, Gilles Gaignaire, René Raybaud et moi-même.
Ce furent deux heures délicieuses de conversation spontanée, de combats contre une société injuste, d’amour pour le prochain, d’humanité simple, sans mot grandiloquent, sans phrase apprêtée, sans ce besoin permanent qu’ont certains artistes de jouer… à l’artiste.
Puis vint le moment pour lui d’aller se préparer. Nous le retrouvâmes une heure plus tard dans le décor magnifique du centre Bosphore, où je devais l’interviewer. Quinze minutes de bonheur renouvelé que je dus moi-même interrompre (Ah ! Nicky, le timing… le timing !) mais qui auraient pu se transformer en heures, en mois, en siècles tant cet homme là à des choses à dire, à entreprendre, à gagner sur l’obscurantisme et la mauvaise foi.
Petite heure de détente ensuite, de repos, mais pas d’isolement telles certaines divas, non, il continuait à discourir avec les gens présents sur le plateau, toujours un peu pâle, les traits tirés.
Ouverture des portes. Il rentre dans la salle qui lui sert de loge, la foule prend possession des fauteuils, des chaises, (l’amphithéâtre est complet), et attend avec impatience celui pour qui elle s’est déplacée. Sera-t-il le Richard qu’elle espère ? qu’elle admire ?
Et soudain, il apparait. De l’homme un peu courbé, un peu fatigué de l’après-midi, il ne reste rien. Et ce géant debout, regardant droit dans les yeux le public proche, alterne la gravité du cœur lorsqu’il parle de ses amis disparus, et l’ironie bienveillante mais révoltée lorsqu’il discourt sur les hommes de pouvoir.
Deux heures délicieuses aussi, que nous n’avons pas vu passées. Mais parler plus de ce spectacle est un peu le trahir, il fallait être présent, et c’est d’ailleurs pour cela que l’homme charmant qu’il est, fut intransigeant sur ce point :
« des photos, oui, mais pas de capture partielle vidéo, ce serait incohérent ».
Nous avons respecté cette décision.
Et l’aventure se poursuivit, car après les autographes ( un mot gentil pour tous), il fallait bien se sustenter. Dîner chaleureux où Richard, même fatigué continuait son combat, car il mène un combat, toujours ce regard clair qui vous pénètre mais qui ne vous viole pas. On ne peut pas baisser les yeux, on le regarde aussi, et même sans lui répondre, l’accord tacite se fait (car on ne peut qu’être d’accord, même avec ses outrances).
Le moment était alors venu de se séparer, il le fit presque en s’excusant « je dois aller à Hyères puis rejoindre Istres». Richard nous serra la main, mais il fit aussi le tour de la salle pour serrer celle des serveuses, du cuisinier, du patron, et cela sans démagogie, sans ostentation.
Un grand Monsieur, vraiment, et que les dieux des comédiens nous le conservent encore longtemps.
Bientôt la vidéo de l'interview