Alain Declercq peint à coups de revolver tous les puissants qu'il n'aime pas

Villa Tamaris - Exposition Alain Declercq
Alain Declercq est armé, mais inoffensif. Peut-être vous accueillera-t-il un colt à la main dans son exposition de la Villa Tamaris, à La Seyne-sur-Mer. Mais pour ce plasticien français, réputé depuis la fin des années 1990 pour son art de titiller nos paranoïas, cette arme est un outil de travail, pas un moyen de tuer ou d'autodéfense ; un pinceau nouveau genre, qui lui permet de dessiner ses obsessions. Si des coups de feu résonnent dans ce centre d'art en manoir posé près de la Méditerranée, dans le quartier chic de La Seyne-sur-Mer, c'est que l'artiste est en processus de création.
La première fois, il avait confié la tâche à un des policiers qui tua Jacques Mesrine. Il se surprit ainsi à écrire de coups de revolver, en plein Palais de Tokyo, centre d'art parisien, les mots "Instinct de mort" inspirés de l'autobiographie de l'ennemi public numéro 1. Mais l'artiste s'est pris au jeu. Il "tire" lui-même, littéralement, le portrait de quelques-unes de ses inimitiés : la première salle de sa vaste rétrospective, plus grande exposition à lui être jamais consacrée, s'ouvre sur une galerie de têtes pensantes du gouvernement de George W. Bush. De Condoleezza Rice à Dick Cheney, les voilà dessinés de 4 500 trous de balles. La série s'intitule Rest in Peace (reposez en paix) : ou comment retrousser la violence comme un gant.
De théories post-11-Septembre en fantômes d'Al-Qaida, de l'ex-QG des services secrets de Séoul à l'explosion d'AZF à Toulouse, la rumeur du monde se faufile sur les trois étages de l'exposition. Expert en caméras cachées, fouineur digne d'un roman d'espionnage, rival des meilleurs agents de renseignement, Alain Declercq refuse de laisser libre cours aux propagandes officielles.
TROMPER LA CIA
Son art consiste à s'infiltrer dans les rhétoriques guerrières ou policières pour les faire exploser. Dans d'autres oeuvres, il fabrique de faux documents capables de tromper la CIA ou de le faire passer pour un flic en civil. Il enquête aux alentours du Pentagone pour connaître enfin la vérité, simuler des évasions de prison, ou encore transformer le fusil à eau d'un gamin en chalumeau de l'enfer.
Parmi les très (sans doute trop) nombreuses séries présentées, on retient celle où l'artiste s'efforce de photographier à New York tous les lieux interdits de reproduction - prisons, ponts et tunnels ou commissariats. Et encore celle où, se projetant en 2030, il imagine les vétérans de la guerre en Irak devenus clochards, comme certains de leurs prédécesseurs du Vietnam.
Des visiteurs auront la sensation d'être plongés dans un manuel pour théoriciens du complot. Mais Declercq sait le plus souvent éviter le manichéisme. Il joue des ressorts de l'histoire plus qu'il ne cherche à la réécrire. Prêt à une guérilla artistique, il tire à vue. Mais ses cadavres bougent encore, et il le sait mieux que quiconque.
Alain Declercq.
Villa Tamaris,
avenue de la Grande-Maison,
La Seyne-sur-Mer (Var).
Tél. : 04-94-06-84-00.
Tous les jours, de 14 heures à 18 h 30 ;
fermé le lundi. Entrée libre. Jusqu'au 12 septembre.
- www.Villatamaris.fr
source: Emmanuelle Lequeux - www.lemonde.fr


