Long retour vers l'emploi après le scandale de PIP

Avril 2010, l'exaspération était à son comble. Rassemblés devant le site de production seynois, les salariés de PIP exigeaient d'être soutenu par l'État. Une cellule de reclassement a été créée pour les 120 licenciés économiques. Var-matin en fait un bilan d'étape. photo: Dominique Leriche
Beaucoup ont voulu y croire. Et ont espéré retrouver une place dans l'entreprise seynoise. Hélas, Poly-Implant-Prothèse est encore loin de redémarrer.
Mardi dernier, le tribunal de commerce de Toulon a décidé de relancer la vente de PIP. Aucun entrepreneur n'avait déposé de dossier pour faire redémarrer l'outil de production. Il reste encore un mois de sursis, mais les espoirs sont maigres.
Pour les ex-salariés, ce sont autant de chances de retrouver du travail qui se délitent. L'affaire PIP est connue dans le monde entier. Mais le scandale sanitaire se double d'un fiasco social. Vu la situation de l'emploi dans le bassin toulonnais, le chemin est long pour retrouver du travail. Les chiffres officiels le montrent.
La plupart des anciens de PIP qui ont accepté de parler à Var-matin ont une réaction de rejet face à l'affaire. La plupart disent : « On est à la recherche d'un emploi, on veut tourner la page, on ne veut plus en parler ». Mais d'autres insistent : « Je ne peux pas imaginer que cette entreprise redémarre. Il y a eu trop de magouilles ».
Tour d'horizon et témoignages.
Pierre (1), ancien opérateur en salle blanche
« Je ne veux pas donner mon nom, car je suis en train de poser des CV partout. On nous le rappelle sans cesse, qu'on est de PIP. C'est une étiquette qui vous poursuit partout. C'est déjà difficile d'être au chômage, avec femme et enfants. »
« J'ai fait le choix d'une formation chauffeur poids lourds, que je viens de réussir. Vous savez, pour un opérateur en salle blanche, il n'y a pas beaucoup de débouchés. »
Paul, ancien opérateur qualifié
« Si PIP reprenait, je serais candidat, mais l'espoir commence à disparaître. Je suis en train de passer un CAP paysagiste. J'avais 15 ans d'ancienneté à PIP. J'ai trois enfants, il a fallu que ma femme reprenne un travail. Les fins de mois sont difficiles, comme tout le monde. à 42 ans, il faut que je recommence tout. »
« Si demain, on me rappelle pour une reprise de PIP, je repars. Mon boulot dans l'entreprise me plaisait vraiment. Et la situation est difficile. »
Jacques, ancien chef d'équipe
« A Pôle emploi, ils me font faire des formations qui ne servent à rien, et ne me proposent pas d'emploi. Je n'ai pas de suivi avec ma référrente, ils cherchent juste à légitimer un dispositif. Ils me disent qu'il y a de la place en maçonnerie, j'ai 38 ans, je ne me sens pas physiquement. Là, j'attends peut-être une réponse positive pour de l'intérim.
Le cap des six mois après la fin de PIP a fait très mal. J'étais sûr que ça allait rouvrir. J'y croyais et je pense qu'on était nombreux dans ce cas-là. Aujourd'hui, je ne veux plus entendre parler de prothèses mammaires. J'ai le sentiment de ne rien avoir fait de mal, mais on a tous participé. On se sent concerné, il y a un malaise. »
Dominique en salle de contrôle
« Rendez-vous compte ! J'étais contrôleuse qualité à PIP. Comment chercher du travail maintenant ? Je souhaite me reconvertir sur le social, mais cela ne peut pas aboutir pour l'instant. Je suis dans les dossiers.
à PIP, on a été manipulé, on pensait juste que la direction voulait se faire le maximum de pognon, une arnaque financière. Mais on n'était pas une bande organisée, les salariés lambda n'ont pas pris un centime. Moi, avec 12 ans de boîte, je touchais 1 200 euros. Pour moi, il est hors de question de penser y retourner. »
1. Tous les prénoms ont été modifiés.
source: Sonia Bonnin - var matin


