Nuage japonais: peu nocif mais difficile à suivre...

La station de La Seyne-sur-Mer (Var) est capable de détecter une contamination de faible intensité.
Il a survolé l’Allemagne mercredi, comme en atteste un relevé en iode 131, avant d’entrer hier dans l’Hexagone
Un grand flou perdurait hier sur la localisation du nuage en provenance de la centrale de Fukushima. Ce panache - dont la radioactivité est qualifiée de faible par l’ensemble des experts - était censé survoler l’Hexagone dès mercredi. Il y serait seulement entré jeudi. En fait, il a d’abord parcouru l’Allemagne, comme en atteste un chiffre que nous avons pu nous procurer. Outre-Rhin, la mesure d’iode 131, l’un des composants radioactifs rejetés par la centrale, est passée en vingt-quatre heures de zéro à 300 microbecquerels par m3, un niveau sans danger pour la population mais pas anodin.
D’Allemagne, le nuage est passé en France. Avec quelles incidences? Pour le savoir, il faudra attendre cet après-midi l’analyse du filtre à particules, prélevé en matinée à la station d’Orsay en région parisienne. Comme huit autres stations, dont une à la Seyne-sur-Mer (1), cet équipement est capable de pomper d’importants volumes d’air - jusqu’à 700 m3 par heure - et donc de détecter une contamination de faible intensité.
La Criirad se plaint d’un manque de transparence
Nettement moins performants, les 180 capteurs du système télé-ray (dont deux à Nice et un à Toulon) n’ont rien décelé. Pas plus que les balises de la Commission de recherches et d’informations indépendantes sur la radioactivité (CRIIRAD). « On s’y attendait », note son directeur, Roland Desbordes, en déplorant par ailleurs « le manque de transparence sur les risques nucléaires » et plus précisément « l’absence de données sur les pays déjà traversés, notamment les États-Unis et le Canada ». Selon la Criirad, « ces chiffres existeraient mais seraient confisqués par les États », le Commissariat à l’énergie atomique « ayant refusé de son côté de communiquer ceux collectés auprès des stations du réseau international ». « Les données, répond un responsable de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), sont techniquement difficiles à récolter, avec un décalage de vingt-quatre heures. »
Aujourd’hui, on devrait enfin disposer en France des premières mesures significatives (2) qui sauf coup de théâtre ne contrediront pas les propos rassurants des autorités. « La radioactivité pourrait être largement inférieure à nos prévisions », annonce même Philippe Renaud, de l’IRSN. « Pour le césium 137, on tablait sur un millibecquerel par m3. Ce pourrait être dix fois moins. » S’achemine-t-on vers un non-événement? Roland Desbordes ne le croit pas. « La pluie de ce week-end est susceptible d’augmenter les dépôts radioactifs, la vigilance demeure de mise ». Analyse similaire de Charlotte Mijeon, du réseau Sortir du nucléaire : « Si les dégagements se poursuivent à Fukushima, on peut passer du presque rien d’aujourd’hui à quelque chose de problématique, par l’effet cumulatif de la radioactivité. » « Tant que la situation n’est pas maîtrisée, confirme un expert, on risque de subir des retombées faibles mais étalées dans le temps. »
1. Le filtre de la station de la Seyne n’est relevé que les lundis et jeudis Hier, il n’a rien décelé.
2. Les chiffres publiés hier n’étaient pas significatifs, émanant de balises n’étant pas conçues pour détecter une contamination de faible ampleur.
source: Jean-Paul FRONZES - var matin



