Bonjour,
Aujourd'hui, ce sera le mot du jour de Jimmy Bregy.
Lettre ouverte à Mme Christine ANGOT, en réponse à l’une de ses interventions dans l’émission « On n’est pas couché » diffusée le 17 février 2018.
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Chère Madame ANGOT,
Il m’arrive régulièrement d’être en désaccord avec vos propos, tout comme il m’arrive parfois d’être sur la même longueur d’onde que vous. Et si je ne me suis jamais joint à la meute qui vous court après à chacune de vos apparitions médiatiques, c’est que je l’ai toujours trouvée un peu dure, un peu exagérée.
J’ai toujours pensé qu’il fallait faire de nos désaccords une force, pour entamer des débats et échanger nos points-de-vue.
Rien n’est plus important à mes yeux que l’échange. Le respect des idées et de la pensée de l’autre. Nos avis divergent ? Tant mieux ! Soyons suffisamment sincères et objectifs pour essayer de comprendre nos interlocuteurs.
Sincère, vous l’êtes, sans aucun doute. Je n’ai pas le plaisir de vous connaître mais lorsque je vous écoute ou lorsque je vous lis, je crois ne pas me tromper en affirmant que votre parole est toujours le fond de la pensée de votre cœur. Et c’est une chose précieuse : je préfère être en désaccord avec un être doué de sensibilité et d’authenticité plutôt que de m’adresser à des postures. Rien ni personne ne vous force à penser ce que vous dites et à dire ce que vous pensez. Et encore une fois, c’est tant mieux ! Les critiques étant déjà très assassines et sans concession à votre égard, j’imagine alors que personne ne penserait remettre en question la spontanéité de vos mots.
En revanche, j’ai parfois (pour ne pas dire souvent) l’impression que vous voulez faire de vos goûts et de vos propos des pensées uniques qui découleraient du sens commun. De votre sens commun.
Or, je me méfie toujours de celles et ceux qui font de leur vécu une vérité universelle. La vie est bien plus complexe que cela, tout ne peut pas être identique pour chaque personne de cette terre.
Et en laissant sous-entendre que tous les artistes seraient en quelques sortes (j’exagère volontairement vos propos mais c’est l’impression qu’ils m’ont donné) des frustrés ou des ratés dans d’autres domaines professionnels, j'avoue avoir bondi. Vous avez dit mot pour mot « Pour tous les artistes, être artiste, c’est toujours un plan B. »
Bien sûr, c’est une évidence, pour beaucoup de gens, se tourner vers la culture et vers un métier artistique peut être un moyen de se sauver soi-même. Grand Corps Malade, qui vous faisait face dans l’émission, a d'ailleurs répondu que c’était son cas. C’est probablement le vôtre également. Mais ne pensez pas qu’il s’agit là d’un fait irréfutable pour tous.
Si je suis artiste ?
Ce n’est définitivement pas à moi d’en juger. Je fais tout pour l’être, je crée, je joue, je chante, j’écris, je rêve et j’essaie de faire rêver les gens. Mais c’est mon objectif depuis toujours : je suis né avec l’envie de vivre sur une scène. J’ai été bercé par des chanteurs qui m’ont communiqué cette passion et j’essaie quotidiennement d’être à la hauteur de ce qu’ils m’ont apporté.
Je n’ai jamais envisagé un autre métier que celui de « saltimbanque ». Peut-être parce que je n’ai jamais rien su faire d’autre que chanter (plutôt bien, j’espère) quelques notes les unes à la suite des autres.
Mais en plus de laisser penser que tous les artistes se seraient découvert des envies artistiques soudaines après de multiples échecs dans des branches plus « sérieuses », vous laissez également penser que c’est un choix de facilité. Puisque c’est un plan B, ce sera toujours plus accessible que le plan A.
Ce n’est tout de même pas à vous que je vais apprendre que dans tous les domaines culturels, se faire connaître est d’une difficulté incroyable. Et pire : pouvoir avoir la chance de vivre de son métier est une épreuve périlleuse et terriblement douloureuse pour ceux qui n'y parviennent pas.
Car ce n’est pas tout d’être remarqué et apprécié pour un spectacle, une œuvre. Il faut ensuite créer suffisamment de jolies choses pour ne pas ennuyer ceux qui nous suivent et nous supportent. Ceux qui nous aiment. Ceux qui voyagent grâce à nos créations. Ceux qui nous communiquent leur confiance et que nous serions indignes de décevoir.
Allez, je vais même oser : j’ai l’impression que c’est une forme de courage que de se lancer dans de telles aventures.
Parce qu’à travers la musique, le cinéma, la littérature, la peinture, la danse (et tant d’autres domaines), les gens s’évadent. La culture les emmène ailleurs. Loin des ennuis et des peurs du quotidien.
C’est donc une sacrée responsabilité (très ambitieuse et presque prétentieuse) que d’avoir la lourde tâche de divertir ou d’émouvoir les autres. Mais quand on y parvient, la sensation du rêve accompli est telle qu’on ne changerait de métier pour rien au monde.
Je n’ai jamais envisagé autre chose que d’essayer de rendre les gens heureux. Ça peut sembler dingue, presque impossible, mais si j’y arrive d’une quelconque manière, j’aurais alors l’impression de ne pas avoir tout complètement raté au cours de mon existence et que celle-ci n’aura pas servi à rien...
Encore une fois, chaque cas est unique, et je ne ferai certainement pas du mien une vérité universelle.
J’entends votre point-de-vue, et j’espère que vous entendrez le mien.
Avec mon profond respect,
Jimmy BREGY,
Le 19 février 2018









