Confidences d'immigrés à la Maison du patrimoine de La-Seyne

Andrée Bensoussan, vice-présidente de l'association Histoire et patrimoine seynois, est heureuse du succès rencontré par l'exposition. Elle estime la fréquentaion à une vingtaine de visiteurs par jour depuis son ouverture, le 9 septembre dernier, sans compter les écoles… (Photo: Dominique Leriche)
Une remarquable exposition visuelle et sonore retrace les vagues migratoires qui ont « fait » La Seyne, de 1945 à nos jours. À découvrir jusqu’au 15 décembre, place Bourradet
Le thème de l'exposition est le travail. Ses protagonistes : des immigrés. Son nom : Nous, venus d'ailleurs. Immigrer, vivre et travailler à La Seyne-sur-Mer, de 1945 à nos jours. Le résultat : instructif, esthétique, touchant, rare…
La Maison du patrimoine, place Bourradet, donne actuellement à voir et à entendre l'histoire d'hommes et de femmes issus des différentes vagues migratoires qui ont « fait » La Seyne, indissociablement des chantiers navals.
Le décor, ostensiblement vieillot et parfaitement pensé, ne pouvait pas mieux coller. Une invitation dans l'intimité de vies faites de rudesse, de sacrifices et de courage, mais aussi de joies et d'espoirs.
« Conscience et fierté »
Assis sur un tabouret devant des valises ouvertes contenant des documents importants de leur histoire, un casque sur les oreilles, des Seynois originaires d'Italie, du Maghreb et d'Afrique Noire (le foyer API…) nous livrent leurs souvenirs, grâce à un enregistrement en boucle.
On entend de sa bouche comment, par exemple, à l'heure de la décolonisation, un immigré algérien est passé du statut de travailleur respectable et respecté à celui de « suspect ». Et nous confie pourquoi, pour sa famille et malgré le mal du pays, il est resté en France…
On mesure encore à quel point la fin des chantiers fut pénible pour cet Italien. « Je suis resté chez moi sans sortir pendant un mois…» Puis il nous dit comment il a rebondi, avant de clore l'entretien par ces mots : « Il s'en est pas mal sorti le Rital… »
Remarquable travail de recherche
De nombreuses personnes ont contribué à ce remarquable travail d'archives, orales mais également écrites, entrepris par l'association Histoire et patrimoine seynois (HPS), depuis 2008.
Elles sont complétées par des panneaux remplis d'informations d'époque, des coupures de presse (conflit de la Samic…) aux radios médicales d'une victime de l'amiante, ce douloureux point commun à de nombreux travailleurs des chantiers.
L'un d'eux explique d'ailleurs que, « grâce » à l'amiante, lorsqu'il s'est agi de demander réparation au tribunal, il avait retrouvé, des années plus tard, l'esprit collectif qui régnait aux chantiers, notamment en temps de lutte syndicale. Une chronologie comparée des événements nationaux et locaux est également visible, offrant une vision globale de la situation de l'époque. Un travail remarquable.
Après la Maison du patrimoine, l'exposition vivra. Au centre Nelson-Mandela d'abord, puis à Marseille ensuite, et peut-être ailleurs… Une évidence, tant l'histoire de La Seyne rejoint celle de toutes les villes qui ont perdu leur industrie.
Mais l'exposition, au-delà du travail de mémoire, interroge sur la délicate question des racines… Comme le dit Andrée Bensoussan, vice-présidente de HPS, «pour les enfants de parents immigrés, souvent en manque de repères, cette exposition peut leur donner de la fierté et une conscience de ce qu'ils sont ». Une réussite à bien des niveaux.
Jusqu'au 15 décembre à la Maison du patrimoine
du mardi au vendredi de 10 à 12 h et de 14 à 17 h.
Le samedi de 10 à 12 h e t sur réservation.
Tél. : 04.94.74.98.60.
source: Jérôme Poillot - var matin