La malade d’Alzheimer pillée par son banquier à La Seyne

Elle voulait faire plaisir, Madame B., une dame fortunée et âgée de 88 ans. Cette ancienne commerçante de la Seyne s’est presque trouvée sans un sou sur ses comptes en 2002
Elle a sorti des milliers d’euros au bénéfice « d’amis de trente ans » : Raymond G. (son banquier) et les époux P. (ses voisins et locataires); mais aussi de sa nouvelle amie de six mois, Ginette B. (sa femme de ménage).
L’argent de « mamie gaga »
« Elle avait du cœur », soulignent même les quatre bénéficiaires, qui étaient cités hier devant le tribunal correctionnel de Toulon pour abus frauduleux de faiblesse sur une personne vulnérable, entre août 2000 et décembre 2002. Et pour cause, Mme B. – qualifiée de « mamie gaga » – était, à l’époque de ces généreux dons ou prêts (selon la formulation), atteinte par la maladie d’Alzheimer. Un certificat médical de janvier 2000 fait état de troubles cognitifs et de démence.
À la barre, les quatre prévenus assurent ne s’être rendu compte de rien. Pour eux, la vieille dame allait bien. Assez bien pour retirer de l’argent liquide qu’elle leur distribuait et émettre des chèques dont un montant va atteindre plus de 38000 e. Le destinataire de la somme n’est autre que son propre banquier. A l’approche de la retraite, Monsieur Raymond avait besoin de cette somme pour des travaux dans sa nouvelle maison.
Pour lui, il s’agissait d’un prêt sans intérêts consenti par Mme B. « Vous ne pouviez pas faire d’emprunt auprès de votre banque? », demande Mme Piazza, la présidente. « Vous lui avez fait vendre des placements financiers qu’elle avait et ce à votre seul bénéfice », relève alors la présidente, expliquant que ce professionnel avait pour habitude de se rendre chez sa cliente pour lui apporter de l’argent à domicile.
Vient alors le tour de la femme de ménage. Ginette B. a été présentée par les voisins à la victime. Les liens sont rapidement fusionnels, puisque l’octogénaire multiplie les dons d’argent : 3000 F pour une veste en cuir, 8800 F pour un repas d’anniversaire, etc.
« Sa voisine portait même ses bijoux »
La présidente lui lit alors les aveux écrits, établis en septembre 2002. Elle avoue avoir pris ce poste à l’initiative des époux P. afin d’observer les faits et gestes de la vieille dame. « Mme P. avait les clefs. Elle venait fouiller chez elle. Elle portait même les bijoux de Mme B », confie-t-elle. Les voisins lui auraient donné des doubles doses de neuroleptiques. « C’est faux », s’offusque alors Mme P. « Tout le monde s’est gavé », admet-elle. Et, pendant que l’argent coulait à flots, le frigo de la victime était quasiment vide.
Les époux P. ont, quant à eux, reconnu avoir reçu de l’argent. « Mais c’était en échange de bricoles. De l’arrosage de quelques mètres carrés de terrain. » Il y a eu notamment 15000 F en liquide (pour acheter une voiture), 4200 F en chèques, etc. « Elle nous donnait spontanément », précisent-ils. Les bijoux? « Elle me les prêtait pour le 31 décembre. » La magistrate s’étonne : « Vous qui la connaissiez depuis trente ans, vous ne vous êtes pas rendu compte qu’elle n’avait plus toute sa tête? » Silence sur le banc des prévenus.
Intervenant aux intérêts du ministère public, Me Barret a considéré que les faits étaient établis pour le banquier, la femme de ménage et les voisins. « Ils ont obtenu de l’argent en profitant de la faiblesse de cette vieille dame. » Lors de ses réquisitions, il a réclamé deux ans de prison avec sursis, une amende de 6000 e et la publication du jugement pour le banquier, six à huit mois de prison avec sursis et entre 3000 et 4000 e d’amende pour le couple P. et huit à douze mois de prison avec sursis et 4000 e d’amende pour la femme de ménage. L’affaire a été mise, hier soir, en délibéré.
La victime, actuellement en maison de retraite, approche de sa 100e année.
source: P. POLETTO - var matin







