Un site pilote pour la déconstruction

Quand vous regardez Toulon depuis le port seynois, sur le panorama, votre regard s’échouera forcément sur cette vieille coque rouillée en plein milieu de la rade. C’est l’ancien pétrolier ravitailleur la Saône, construit en 1939
Avec la Dives et l’Argens, à quai dans l’arsenal toulonnais, il fait partie des trois bâtiments qui seront déconstruits à Brégaillon par Foselev Marine, Topp Decide et Prestosid Snadec pour le désamiantage. C'est à l'Hôtel de ville de La Seyne que le préfet du Var a choisi de venir présenter publiquement le projet, le 25 avril dernier.
Accueilli par le maire, il était accompagné du préfet maritime, des cadres des entreprises retenues et du président du Comité de baie. Au menu de cette réunion, la présentation du projet de déconstruction dans son ensemble et un débat. « Ce démantèlement se fera dans les règles de l’art, assurait le préfet maritime en début de réunion, dans une démarche rationnelle, en accord avec les instances internationales, la convention de Hong Kong de 2010 et la loi française qui ratifie les objectifs écologiques de cette convention ».
Zéro impact, zéro rejet
Les trois bâtiments concernés sont dans un tel état qu’il n’est pas question de les remorquer. La Marine nationale, en accord avec le délégataire, ont donc mis sur pied une solution zéro impact et zéro rejet pour les démanteler sur place, à Brégaillon. Un ponton flottant high-tech viendra soulever la Saône pour la mettre au sec, des batardeaux pour retenir toutes fuites de fluides seront installés à la proue et la poupe de la barge.
Au sec, complètement isolée et confinée, la Saône sera démantelée sur le quai pendant 6 mois au cœur d’installations protégées et adaptées à cette activité qui pourrait devenir une filière prometteuse. S’en suivront les déconstructions de la Diveset de l’Argens (trois mois de travaux chacune). « La Marine possède encore une trentaine de grandes coques et une centaine de petites engins à démanteler. » Après leur démantèlement et leur désamiantage, leur statut passe donc de “navire-poubelle ” à celui de “matériaux valorisables” (acier, cuivre et tout un tas de matières-premières nobles à recycler). « La Marine reste propriétaire de ses bâtiments, explique le directeur de Foselev Marine. En fin d’opération, nous lui proposerons les contacts de différents ferrailleurs pour le rachat des métaux nobles dont les cours fluctuent énormément depuis 2008 ».
Désamiantage hautement sécurisé
Toutes les installations du quai seront aménagées et adaptées aux besoins de sécurité du chantier. Le hangar au bout du quai sera complètement réorganisé pour accueillir un véritable laboratoire de désamiantage. L’amiante non friable contenue dans les peintures sera éliminée dans un espace complètement confiné où le personnel sera vêtu de combinaisons étanches équipées d’un système respiratoire autonome. Douche obligatoire à la sortie. Et le directeur de Foselev Marine de rappeler que Prestosid Snadec, le sous-traitant choisi pour cette tâche a déjà assuré le désamiantage de Jussieu et de la tour Montparnasse. « Notre savoir-faire français s’appuie sur quatre priorités majeures : la sécurité du personnel, la protection de l’environnement, la maîtrise des coûts et la transparence. Outre le respect de la convention de Hong Kong, nous appliquons la norme européenne en exploitant toutes les compétences pour satisfaire le zéro rejet. A chaque risque, plusieurs barrières ont été prévues. Aussi, en plus du ponton flottant complètement hermétique, des barrières anti-pollution seront installées. Tous les déchets seront traçables jusqu’à leur destination finale, les hydrocarbures et les fluides seront traités dans un débourdeur/déshuileur. »
50 emplois directs
Cette activité porteuse, aux enjeux et retombées internationaux (il reste 105 millions de tonnes d’acier à déconstruire dans le monde) est compatible avec les autres activités du port, comme par exemple la Tall Ship Race ou encore les croisières. Elle se fera en synergie avec le Pôle Mer, l’Institut de promotion et de formation aux métiers de la mer et pourvoira une cinquantaine d’emplois directs et de nombreux indirects avec les sous-traitants. En fin de marché, vers 2014, les opérateurs se sont engagés à rendre le site tel qu’ils l’auront trouvé.
source: Sylvette Pierron - MaG Le Seynois - Mai 2013














