Un télescope sous-marin au large de La Seyne pour comprendre l'univers

Patrick Lamare, Vincent Bertin et Claude Vallée dans un laboratoire de Luminy, à Marseille. Trois des vingt ingénieurs, scientifiques et autres techniciens qui travaillent sur ce projet de nouveau télescope sous-marin (photo: Eric Estrade)
Au large de La Seyne, un télescope sous-marin observera les neutrinos. L’étude de ces particules pourrait permettre d’en savoir plus sur la matière noire de l’espace
La scène se passe dans un coin de Luminy, à deux pas des calanques de Marseille. Au cœur du Centre de physique des particules de Marseille (CPPM), un laboratoire piloté par le CNRS et l'université d'Aix-Marseille, on s'affaire autour d'une grande sphère en titane. Cette boule d'un mètre de diamètre, c'est une « boîte de jonction ». Enfin, le modèle de celle qui doit alimenter le futur télescope sous-marin Meust (1), un projet piloté par le CPPM. En fait de « télescope », ce sont de grandes lignes de plusieurs centaines de mètres de haut, parsemées de capteurs optiques. Elles doivent observer les neutrinos, des particules très légères et plus petites qu'un atome, qui traversent l'univers. Meust doit s'installer par 2500 mètres de fond, une trentaine de kilomètres au sud de La Seyne dans le Var. Plus efficace, il remplacera le télescope déjà existant au large de Porquerolles, Antarès.
Trous noirs géants, matière noire
Ce qui intéresse les scientifiques, c'est l'origine des neutrinos. Certains proviennent de « phénomènes violents de l'univers, comme les trous noirs », résume Claude Vallée, le responsable scientifique de ce projet piloté par le CPPM. Phénomènes dont Meust, en étudiant les neutrinos, doit permettre la compréhension. Meust doit aussi permettre d'en savoir plus sur la matière noire. Cette matière invisible, c'est le fond noir de l'univers. Elle composerait la très grande majorité de celui-ci. Et sur cette « masse manquante », les scientifiques en savent peu. Meust pourrait permettre d'étudier cette matière noire « en détectant, éventuellement, de nouveaux types de particules qui se décomposent en neutrinos », pose encore Claude Vallée.
Lumière sous-marine des neutrinos
Les yeux des télescopes sous-marins (Antarès ou le futur Meust) aiment l'obscurité. C'est pour ça qu'ils s'installent par plusieurs milliers de mètres de fond, là où aucune lumière ne filtre. De quoi capter la lumière bleutée émise par les neutrinos lorsqu'ils percutent le fond de la mer. Etudier ces rais de lumière permettant de calculer la trajectoire des neutrinos...et donc leur origine. L'installation va aussi permettre d'étudier les fonds marins. Des appareils de mesure sous-marine (sismographes, peut-être des caméras, etc.) viendraient se connecter au dispositif de transmission de Meust... et observeraient ces abysses où personne ne peut aller.
Même chose en Sicile et en Grèce
Mais ça, c'est dans le futur. La sphère métallique du hangar de Luminy n'est qu'une maquette. Elle doit permettre de vérifier que « que la mécanique de l'ensemble fonctionne », explique Vincent Bertin, l'un des scientifiques qui planche sur le projet Meust (2). Une phase de test avant que Meust ne se déploie au large de La Seyne. Normalement, d'ici à la « mi-2015 », espère Vincent Bertin.
La première ligne, parsemée de capteurs optiques, devra alors se déployer dans les abysses. Meust comprendra aussi des infrastructures nécessaires à l'accueil d'autres lignes de capteurs optiques. Parce que ce télescope s'inscrit dans un grand projet européen. Ce projet d'observation des neutrinos, c'est KM3NeT. Il pourrait peser dans les 200 millions d'euros - ce financement doit encore être bouclé. KM3NeT, ce sont donc plusieurs autres lignes de capteurs au large de La Seyne. Le projet prévoit aussi l'installation de deux autres télescopes similaires, au large de la Sicile ou de la Grèce...à l'horizon 2020.
1. Pour Mediterranean Eurocentre for Underwater Sciences and Technologies.
2. Le projet Meust est estimé à 7 millions d'euros financés en partie par l'Europe, le CNRS et les collectivités territoriales.
source: Nicolas hasson - var matin
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