A Berthe, un groupe Facebook pour "qu'on soit écoutés"

Mamadou Lamine Cissé au pied d'une des tours du Germinal. Dans ces « tours de l'enfer », comme il les appelle, ce diplômé d'un BTS en négociation a vécu durant plusieurs années. « Berthe, c'est la maison » , dit celui qui a passé toute sa vie dans la cité (photo: N.H.)
Mamadou Lamine Cissé parle doucement. Comme un contraste avec son physique plutôt impressionnant - il avoisine les deux mètres. Mais s'il ne passe pas inaperçu, à Berthe, ce n'est pas à cause de sa taille
« Je suis connu », dit-il, comme une évidence. Et comme pour appuyer ses propos, il s'interrompt souvent, quand il parle au pied du Germinal : il se lève, et salue des passants, d'un mot ou d'un geste de la main. Mamadou Lamine Cissé est connu, le groupe Facebook qu'il anime aussi : « La Seyne Pour Tous » (1) compte quelque 1300 membres.
Cette page, c'est un peu un cahier de doléances virtuel pour les quelque 15 000 habitants du quartier Berthe. Là, ils racontent leur quotidien, leurs galères.
Ces remarques, Mamadou Lamine Cissé entend les porter devant les futurs édiles de La Seyne. En « interpellant les candidats aux élections municipales de mars prochain », explique-t-il, la voix basse mais le verbe haut.
Vous créez votre page Facebook en octobre 2011. A partir de quel constat ?
A Berthe, nous ne sommes pas représentés. On a l'impression d'être le tiers-monde de la ville. Et ça nous énerve. Il y a des problématiques dont on parle entre habitants. Des revendications, parce que quand on vit dans la cité, on en a toujours. Et j'ai remarqué une chose toute simple. Pour être écouté, il faut être représentatif. D'où cette page. Ces problématiques, je ne suis pas seul à les connaître.
Je ne suis pas fou, d'autres habitants du quartier ressentent la même chose que moi.
Vous évoquez des problématiques. La question de l'emploi revient évidemment en filigrane. Que faudrait-il faire, selon vous ?
Pour l'emploi, nous nous adressons à la mairie. C'est simple : depuis la fermeture des chantiers, les deux plus gros employeurs en ville sont la mairie de La Seyne et Auchan.
Nous demandons donc que la mairie embauche plus de jeunes issus des quartiers nord. Et au-delà de ça, il y a beaucoup de discrimination à l'embauche. Par exemple, un nom à consonance étrangère peut faire oublier un diplôme.
Et sur le logement ?
Des choses ont été faites avec la rénovation urbaine, comme la médiathèque. Et c'est vrai que les immeubles de trois ou quatre étages sont plus tranquilles que les tours. Mais c'est surtout à l'extérieur. Il faut voir comment c'est, à l'intérieur...je dis souvent que je n'ai plus besoin d'aller au parc d'attraction. Je me fais peur en prenant l'ascenseur.
On a aussi l'impression qu'on est obligés de rester à Berthe. Il faudrait que l'on puisse obtenir des logements ailleurs. Aux Sablettes, par exemple. Histoire de respirer un peu de l'air marin...
Concrètement, qu'attendez-vous des candidats aux élections municipales ?
Déjà, il faut qu'il y ait des gens du quartier sur les listes. Et il faut qu'ils soient dans les quinze premiers. Pour que l'on soit sûrs d'être représentés.
On imagine que des contacts vont être pris avec les candidats...
Oui, c'est en cours. On veut rentrer en contact avec eux. Mais avant décembre. Parce qu'en janvier, la campagne va vraiment démarrer. Et les candidats vont venir dans le quartier. Ils vont frapper aux portes. On veut donc venir à leur rencontre avant. J'invite d'ailleurs toutes les personnes en âge de voter à aller s'inscrire sur les listes électorales.
1. La Seyne pour Tous. Groupe Facebook - cliquez ici
source: Nicolas Hasson - var matin


