Les eaux usées traitées au cap Sicié bientôt... recyclées

Photo : Laurent Martinat - Dans un département en proie année après année à la sécheresse, la réutilisation de cinq millions de mètres cubes d'eau par an pourrait s'avérer incroyablement profitable.
En terme de développement durable, d'usage de l'eau et même d'économies sonnantes et trébuchantes, le projet ne manque pas d'allure. L'idée, en soi, est finalement fort simple : « Chaque année, vingt millions de mètres cubes d'eaux traitées sont rejetés à la mer par la station Amphitria. On s'est dit que nous pourrions en récupérer une partie », explique Gilles Vincent, président du Syndicat intercommunal de la région toulonnaise pour le traitement et l'évacuation en mer des eaux usées et maire de Saint-Mandrier (Sirttemeu) (1).
L'eau traitée s'évacuant d'Amphitria n'est qu'une goutte d'eau dans la Grande Bleue, mais sur les terres arides, surtout l'été, de l'aire toulonnaise, elle pourrait s'avérer inestimable.
« Dans un premier temps, on espère pouvoir réutiliser cinq millions de mètres cubes par an, sur les vingt millions repartant en mer après traitement. »
À titre de comparaison, la capacité du lac de Carcès, qui alimente en eau potable l'agglomération toulonnaise, est de huit millions de mètres cubes. C'est donc un véritable petit lac potentiel qui serait ici économisé.
Première usine du bassin méditerranéen à être conforme à la réglementation européenne, Amphitria a été équipée d'un traitement biologique permettant d'épurer les eaux à 98 %.
Remplir les réservoirs incendie de Janas
Depuis sa mise en service en 1997, son impact positif sur la faune et la flore marine locale a déjà été prouvé plusieurs fois. La station pourrait donc bientôt avoir des effets positifs sur la vaste problématique de la gestion de l'eau dans l'aire toulonnaise, voire sur la gestion tout court...
« Il y aurait de quoi remplir toutes les réserves incendie de Janas (la station Amphitria se trouve au pied du cap Sicié, ndlr), mais on peut aussi envisager de nombreux autres usages, jusqu'à récupérer une partie de l'investissement en vendant de l'eau traitée aux communes voisines », observe Gilles Vincent. Les golfs, souvent montrés du doigt en matière de consommation d'eau, pourraient être également de bons clients en la matière.
Impropres à la consommation, les eaux traitées pourraient servir à l'arrosage des espaces verts, au nettoyage de la voirie, à l'irrigation agricole... « Du moment qu'il ne s'agit pas de la boire, toutes les utilisations sont possibles », ajoute le maire de Saint-Mandrier.
Un traitement supplémentaire
Même débarrassée de ses impuretés à 98 %, l'eau d'Amphitria n'est toutefois pas encore assez propre pour être réutilisée tel quel. « La réutilisation de ces eaux nécessitera forcément un traitement tertiaire. Nous avons lancé des études qui nous permettront d'en savoir plus. »
Un investissement financier sera donc, bien sûr, nécessaire. Mais en ces temps de prises de conscience environnementales, le syndicat pense que l'État sera enclin à soutenir et à promouvoir ce genre d'initiatives exemplaires et parfaitement dans le cadre du Grenelle de l'environnement.
Un projet d'une telle envergure ne se fera pas du jour au lendemain, et il coulera encore de l'eau sous les ponts avant que le gazon des ronds-points ne soit arrosé d'eaux traitées. Mais en lançant l'appel d'offres pour la maîtrise d'oeuvre, le Sirttemeu a bel et bien entamé une procédure précieuse et met l'eau à la bouche des habitants de l'aire toulonnaise...
1 - Le Sirttemeu comprend les communes de Toulon, La Seyne-sur-mer, Six-Fours-les-Plages, Ollioules, Saint-Mandrier-sur-Mer, Le Revest-les-Eaux et évenos, soit une population concernée de 550 000 habitants.
source: Var Matin


