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Nicky
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Date du message : lundi 26 octobre 2009 à 00h41


Luttes de pouvoir à Poly Implant Prothèse


Photo : Dominique Leriche
Poly Implant Prothèse fut un leader européen sur le marché des prothèses mammaires. Placée en procédure de sauvegarde en mai dernier, l'entreprise pourrait passer en redressement judiciaire.
Le plan de restructuration de l'entreprise Poly Implant Prothèse (PIP) présenté le 13 octobre dernier prévoyait 18 suppressions de postes, plus une dizaine de départs volontaires. Il ne sera jamais appliqué.

La décision finale incombait au directeur financier qui pouvait passer outre « l'avis défavorable » émis par le comité d'entreprise. Il n'en fut rien.

L'entreprise seynoise qui fabrique et exporte des prothèses mammaires dans le monde entier est loin d'être fixée sur son avenir. Actuellement, 120 salariés y travaillent. Sur l'année écoulée, environ 60 000 paires de prothèses ont été produites, pour un chiffre d'affaires de 10,5 millions d'euros.

Risque de casser l'outil

« Le plan de restructuration avait un objectif : faire des économies, sans casser l'outil », s'exclame Jean-Claude Mas. Le fondateur historique de PIP est aussi le principal artisan du plan retoqué. « Curieusement, certains l'ont trouvé insuffisant », commente-t-il avec dépit.

Depuis plusieurs années, la direction de PIP est devenue « bicéphale ». En plus du fondateur, un directeur financier est arrivé dans les bagages des fonds de pension américains qui ont renfloué la société en 2003. Ce dernier détient désormais le pouvoir de décision (1).

Une source à l'intérieur de PIP, et qui veut rester anonyme, prétend que l'ère du fondateur est terminée : « Il faut que M. Mas parte ».

L'intéressé, encore président du conseil de surveillance, défend sa vision de la société : « La stratégie de dégraisser est une stupidité de comptable ou de financier ». Jean-Claude Mas maintient que « l'entreprise est en train de se redresser. Des perspectives se sont ouvertes cette année sur le marché chinois. Nous allons continuer la mécanisation de notre procédé (2) ».

Mais ce scénario optimiste pourrait se briser le 3 novembre prochain. PIP passera alors en audience devant le tribunal de commerce de Toulon.

La cessation de paiement

Mi-octobre, l'administrateur judiciaire a sollicité « la conversion de la procédure de sauvegarde en redressement judiciaire ». À l'appui de cette demande, les difficultés de trésorerie : PIP est à la limite de la cessation de paiement. Selon nos informations, les impayés auprès des fournisseurs s'élevaient à 390 000 euros il y a quelques semaines.

Jean-Claude Mas argumente pied à pied : « D'ici le 3 novembre, de l'argent doit rentrer, je ne serai pas en cessation de paiement ». Mais pour combien de temps ?

Du côté des salariés, la désillusion est totale. « Notre seule victoire est que nous avons obtenu un expert pour la suite de la procédure », relate Karim Ghéniou, élu pour représenter ses collègues. Cet expert indépendant a pour mission « d'assister les salariés, car nous, on est un peu noyé ».

Quant au plan de restructuration, explique-t-il, « il n'était pas cohérent ni ne tirait les leçons des erreurs du passé ».

La peste ou le choléra

Devant la menace d'un redressement judiciaire, le fondateur de PIP s'exclame : « Je crie tout haut que ce sera la fin de l'entreprise. Le réseau des distributeurs, 65 dans le monde, va voler en éclats ». Comment assurer la garantie sur les prothèses vendues ?

Selon le délégué CFDT, Éric Mariaccia, « le redressement est à double tranchant. Les salariés disent que c'est la peste ou le choléra ». Tel quel, PIP n'arrive plus à faire face. En redressement, PIP peut s'en sortir, mais prend le risque de sombrer.

Plusieurs repreneurs potentiels se seraient manifestés, mais combien iront au bout de la démarche ? Dans tous les cas, les salariés vont encore vivre des semaines et mois, « sous une épée de Damoclès ».

1. Sollicité à plusieurs reprises, le directeur financier n'a pas répondu à nos questions.
2. Une partie de la production a déjà été mécanisée avec de bons résultats aujourd'hui. Mais pendant plus d'un an, le temps de trouver les réglages, la quantité de rebuts a très fortement augmenté, avec des pics à 60 %.
source: Sonia Bonnin - var matin

...cordialement...Nicky...