À l'agonie, « Gaspar » lance une souscription

Photo : Dominique Leriche
Lors de l'assemblée générale hier, en présence des élus, une vieille femme montre des photos de son fils, aidé par Gaspar. Beaucoup de mamans s'inquiètent de l'avenir de leurs enfants dans la cité si l'association venait à disparaître.
Décidément, l'association d'insertion sociale Gaspar n'en finit plus d'agoniser. Après l'assemblée générale du 11 février et une réunion des partenaires en préfecture le 26 février, les adhérents étaient de nouveau convoqués hier après-midi, dans les locaux du Germinal. Comme aux obsèques d'un vieil ami, chacun a témoigné de son expérience au sein de l'association.
Les mamans, présentes en nombre, se sont inquiétées de l'avenir de leurs enfants. « J'étais sûre que mon fils finirait délinquant. Mais finalement, il a grandi à travers Gaspar et maintenant, il est au lycée Henry IV à Paris », raconte Nadia. « Si Gaspar ferme, nos enfants vont mal tourner. Ils vont rester là, en bas des tours, à tenir les murs », renchérit Yvonne, qui travaille aussi en contrat aidé au sein de l'association.
« Regardez, dit une vieille femme voilée en tendant aux élus présents de vieilles photos. C'est mon fils aîné, là. Il a travaillé avec Gaspar ».
Anne-Marie, salariée de Gaspar, qui a déjà passé 20 ans au service du quartier, lance un cri du coeur : « J'espère que les partenaires (1) se rendent compte que s'ils ferment Gaspar, ils nous mettent à la porte sans travail ».
Gel des décisions pendant les élections régionales
Pendant deux heures et demi, les échanges sont nombreux, parfois vifs entre les élus (lire l'encadré ci-dessous). Mais impossible d'arracher un engagement ferme des partenaires financiers en cette période électorale. « On serait des menteurs si on s'engageait à quoi que ce soit en sachant qu'on ne sait pas qui sera à l'assemblée demain », a déclaré la conseillère régionale, Mireille Peirano (PS), rappelant que Gaspar a besoin d'au moins 400 000 euros pour survivre actuellement. « On ne peut pas prendre de décision hâtive, surtout quand il s'agit de l'argent du contribuable. Et la ville n'a pas 400 000 euros à mettre sur la table », a ajouté l'adjoint à la politique de la ville, Rachid Maziane.
« On ne peut plus attendre, le délai est quasi nul », a averti le commissaire aux comptes, M. Bessudo. Si l'association, qui accuse encore un déficit de 102 000 euros pour 2009, n'apporte pas très vite de l'argent frais, la liquidation judiciaire sera prononcée. Déjà, les responsables de la structure ont le couteau sous la gorge. « Si on ne paie pas 15 000 euros de charges lundi, on sera en cessation de paiement », explique le directeur, Roland Bonnefoi.
Nouvelle réunion le 19 mars
Devant l'urgence de la situation, le président, Yan Le Goff, a décidé de lancer une souscription et a ouvert dans la foulée un compte spécial pour recueillir les dons (2). « Il y a 60 000 habitants à La Seyne. Si chacun donne un euro, ça sera déjà bien », a commenté Roland Bonnefoi.
Selon Mireille Peirano, l'État dispose d'un fond d'urgence et pourrait débloquer 41 000 euros. Quant à Patrick Martinenq, conseiller général du canton nord, il a annoncé que le Département maintiendrait son engagement pour 2010 en finançant six mois de chantier d'insertion (à hauteur de 25 000 euros).
Pour l'heure, Gaspar existe encore. Mais en quittant la réunion hier, Yann Le Goff a prévenu : « Je convoque une nouvelle AG le 19 mars à 14 h. Si aucune solution financière n'est apportée, je ferai voter la liquidation judiciaire (3). Si le vote est contre, je présenterai ma démission ».
1. L'État, la Caf, le conseil général, la ville, le conseil régional.
2. Contacter l'association au 04.94.94.43.88. ou se rendre sur place au LCR du Germinal dans la ZUP de Berthe.
3. L'association est déjà en redressement judiciaire depuis 2006. C'est en fait au président du TGI de Toulon de prononcer officiellement la liquidation judiciaire.
source: Marielle Valmalette - var matin