La vie mouvementée du « Fairsky » dernier-né des Cnim

Le chantier avait occupé les ouvriers seynois durant une trentaine de mois au début des années 1980. photo: Laurent MARTINAT
La vie des paquebots n'est pas un long fleuve tranquille. Que dire de celle du « Fairsky », construit à La Seyne au début des années 1980...
Malgré les affres du temps, les remous de l'économie, il continue à démontrer la qualité du savoir-faire seynois sur les sept mers du globe... Même si le paquebot a pris des airs de galère ces dernières années, la faute à des propriétaires peu scrupuleux.
Accouchement dans la douleur
Dès sa naissance en 1982, le navire semble promis à une carrière tourmentée. Tout commence à l'aube des années 1980. A La Seyne, le chantier vit ses dernières années sous l'ère Cnim (1). La commande, par la compagnie italienne Sitmar, apparaît comme une bouffée d'oxygène : un paquebot de 240 mètres, 46 000 tonnes. Le dernier de l'histoire à disposer de turbines à vapeur. De quoi donner du travail aux ouvriers et ingénieurs pendant plus de deux ans...
Seulement, les choses se compliquent. Les carnets de commande sont faméliques, le contexte social se tend.
Les ouvriers ont peur. L'Etat pousse à la reprise du chantier par Normed.
Du coup, le lancement du navire, le 6 novembre 1982 au petit matin, se fait dans la plus grande discrétion.
Ultime tour de force quelques mois plus tard, les ouvriers tentent de retenir le « Fairsky » afin d'obliger son armateur à confirmer sa commande d'un pétrolier.
« Il y a effectivement eu des mouvements ponctuels, se souvient René Gramondi, qui a travaillé à la construction du « Fairsky ». Il y a eu des retards sur les essais, mais globalement les gens ont fait le boulot. »
Au printemps 1984, René Gramondi fait partie de l'équipe de seynois qui s'embarque sur le « Fairsky » pour l'accompagner jusqu'à Los Angeles où le navire est attendu pour sa croisière inaugurale.
« Je suis monté à bord avec une vingtaine d'autres Français, afin de terminer les essais pendant le voyage. Nous sommes partis avec un permis de cargo. Nous nous sommes arrêtés au Venezuela pour recharger en pétrole et embarquer les contrôleurs de la Lloyd's (2). Au bout de trois semaines, nous sommes arrivés en Californie. Cinq jours après, le bateau partait pour sa croisière inaugurale. »
Rayonnantes années 1990
Dès lors, le « Fairsky » démarre sa carrière de palace flottant.
En 1988, Sitmar fait faillite et entre dans le giron de P & O. La compagnie américaine affecte le navire à sa filiale Princess Cruises et rebaptise le paquebot « Sky Princess ». Le début de l'âge d'or. Douze ans de luxe, calme et volupté.
Doté d'équipements somptueux, il participe à la gloire de la compagnie, qui compte dans sa flotte l'illustrissime « Pacific Princess », navire-star de la série télé « La Croisière s'amuse ».
Mais les temps changent. En 2000, P & O se développe dans les mers du Sud. Le « Sky Princess » bénéficie d'un petit lifting et met le cap sur l'Océanie et le sud-est asiatique. En six ans là-bas, il embarque 275 000 croisiéristes.
2006 marque le début de l'errance. Le navire vieillit, ses turbines à vapeur deviennent un handicap. Leur remplacement serait coûteux.
Il est cédé à la compagnie italienne Pullmantur, filiale de Royal Carribean. Il est rebaptisé « Sky wonder ». Avaries et incidents se multiplient (lire ci-dessous).
Retour du fils prodigue ?
En 2009, il passe en carène au Pirée (Grèce). Rebaptisé « Atlantic Star », il navigue quelque temps au large du Portugal. Mais la situation ne s'améliore guère. Investissements limités, machines vieillissantes...
Ultime coup de théâtre, en ce début d'année 2011. Pullmantur, en grande difficulté, vient de céder le navire a l'armateur grec Kyma. Si les contours de la transaction restent flous, celle-ci pourrait déboucher sur une renaissance du paquebot. En commençant par l'installation d'une nouvelle motorisation. A l'issue de ces travaux, il sera flanqué d'un nouveau nom « Mona Lisa II ». Le sixième de sa carrière.
Il devrait ensuite prendre la direction de la mer Baltique. Via La Seyne ? Rien de tel n'est prévu pour le moment. Le fils prodigue de retour dans l'ancienne ville ouvrière transformée en destination « hype » des bateaux de croisière... L'image aurait valu une escale.
1. Constructions navales et industrielles de la Méditerranée
2. Société de classification maritime britannique.
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