Deux policiers refusent leur mutation dans le Var

Le couple de policiers a affronté Abdallah Boumezzaar, le tueur présumé des deux gendarmes à Collobrières, rappelle leur avocate, Me Castagnon (Photos: DR et Éric Estrade)
À La Seyne, ils ont été suivis, menacés, ciblés par des caïds de cité. Un couple de policiers se bat pour ne pas revenir là où leur vie est devenue un enfer. Mais la justice ne les soutient pas
La justice administrative n’a pas fait d’exception à la règle. Elle n’a pas voulu reconnaître les circonstances exceptionnelles qui ont marqué la carrière d’un couple de policiers. Ceux-ci se battent pour faire annuler leur mutation. Le ministère de l’Intérieur veut les réintégrer dans leur service d’origine, la circonscription de La Seyne, où ils étaient en poste au début des années 2000. Revenir dans le Var? Pour leur avocate, c’est « impensable et inacceptable ». L’été dernier, le tribunal administratif de Toulon leur avait pourtant donné gain de cause en référé. Jugement aussitôt attaqué par le ministère de l’Intérieur devant le Conseil d’État. La sentence finale est venue doucher leurs espoirs.
Cible de caïds
Depuis 2008, les deux policiers sont en poste « à l’autre bout de la France », une affectation suffisamment lointaine pour les mettre à l’abri des caïds qui les avaient pris pour cibles, à La Seyne. « Le couple de policiers entravait les trafics », relate leur avocate, Sandie Castagnon. Le dossier était apparu publiquement quand le nom de l’un des caïds avait dramatiquement défrayé la chronique. Le nom d’Abdallah Boumezaar : le meurtrier présumé des deux femmes gendarmes à Collobrières en juin 2012. La policière défendue par Me Castagnon avait elle aussi fait face à Abdallah Boumezaar. L’arrestation avait tourné « au pugilat », dans le hall d’entrée d’un immeuble de la cité Berthe.
Harcèlement
Après avoir subi des années de harcèlement et de menaces, les policiers avaient fini par prendre le large. Dans le Var, ils ont été suivis, surveillés, menacés, leurs plaques d’immatriculation et adresse personnelle taguées sur des murs de la cité…
Dans sa décision, le Conseil d’État n’a pas tenu compte de ces circonstances et a écarté « les menaces graves et exceptionnelles que leur retour à La Seyne fait peser sur leur santé et leur sécurité ».
Pour Me Castagnon, « au-delà de leur situation personnelle, c’est surtout pour leurs enfants que le couple se sent menacé ». Pour l’instant, les policiers n’imaginent pas revenir. « En droit administratif, les larmes ne se monnaient pas », conclut l’avocate, amère.
source: Sonia Bonnin - var matin



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