Message

Marcel LAUGIER
Membre

Voir plus


Date du message : dimanche 14 avril 2013 à 12h29



La maison du cygne à Six-Fours, chère à l’ami Dominique Baviera qui en est le responsable et le principal animateur, avait un air de fête en ce samedi 13 avril, le soleil était au rendez-vous et les belles dames avaient osé sortir leurs toilettes printanières. L’artiste peintre que nous allions y rencontrer est attachée à notre terre provençale puisqu’elle et seynoise de puis 1961. Michèle Dolfi-Mabily (car c’est d’elle qu’il s’agit), passe sa vie… dans les branches d’arbres…. ! Du moins d’une façon virtuelle. Mais écoutons-la plutôt :


LSI : Michèle, comment procédez vous pour transcrire votre art ?
M D-M : C’est comme si je grimpais dans un arbre, d’une branche à l’autre, puis je m’installe et regarde tout autour de moi. Lorsqu’il y a du vent, par exemple, la branche bouge et tout mon corps participe de l’observation des branches, et se sont des morceaux de réalité que je transcris sur la toile.
LSI : Est-ce que pour vous l’arbre, symbole du végétal, profondément ancré dans la terre procède d’une obligation dans votre œuvre ?
M D-M : Quitte à vous décevoir, ce n’est pas du tout la symbolique de l’arbre qui m’intéresse, mais tout simplement le mouvement des formes, des branches qui s’offrent à la vue du promeneur dans l’arbre que je suis. En même temps, mes observations me distancient de l’image de l’arbre, celui-ci me renvoi d’autres images, mais je l’oublie en tant que tel.
LSI / Question provocatrice : pour quoi pas choisir le faîte d’un toit comme refuge à vos observations ?
M D-M : Mais pourquoi pas, en effet ? J’ai fait pendant des années une observation sur la rivière et l’émotion venait du fait que l’on voyait l’eau passer, mais ce n’était jamais la même puisque justement, elle passait, et nos rivières ayant très peu de fond, celle-ci faisait loupe, et les graviers ou la pierre qui se trouvaient au fond donnaient l’impression d’effleurer l’eau en sa surface. Dans le cas présent, l’ombre de l’arbre est inversée par rapport à la lumière et rejaillissent tous les phénomènes de la vie, tous ces espaces multiples : le fond, la forme, le mouvement, la lumière du ciel, l’ombre de l’arbre, c’est ce qui m’intéresse.
LSI : Cette quête, est-ce le fruit d’une recherche ou est-ce plus spontané ?
M D-M : Je vais encore vous décevoir, mais mon œuvre n’est l’aboutissement d’aucune recherche. Je suis mère, épouse, professeur, amie des uns et des autres, et c’est dans ce concret quotidien que les choses viennent à moi. Quand je fais la vaisselle, je vois l’eau, les bulles, l’assiette, et cela m’intéresse autant que l’arbre, que la rivière, qu’un personnage.
LSI : Si j’ose parodier un homme politique, vous êtes une personne « normale ».
M D-M : Oui, j’ai envie de vivre intensément toutes les vies que la société me propose.
LSI : On pense souvent qu’un artiste « abstrait » ne sait pas dessiner, vous nous prouvez le contraire en offrant à la vue du public, dans une vitrine, des petits croquis de personnages très expressifs.
M D-M : Oui, je ne suis pas un peintre abstrait, la réalité l’est tellement si on l’observe de près, qu’il est inutile de l’être soi-même. Le mouvement abstrait était nécessaire à un moment donné, l’artiste étant soumis à la figuration, à la couleur de l’objet, de l’identité, et cetera. Il a fallu le libérer de ce servage, et par réaction, on a nié la figuration. Mais l’art doit vivre avec son temps, avec les techniques. Au dix neuvième, le peintre peignait à la bougie, seul l’objet central était éclairé, l’alentour était flou. Ce n’est plus possible au siècle de l’électricité.
LSI Merci Michèle Dolfi-Mabily, de nous avoir, si je puis dire, éclairé.

... cordialement ... Marcel Laugier ...

suivre LaSeyne.Info - sur Twitter - cliquez ici